La Vierge de la luxure
La Virgen de la lujuria

Film mexicain de Arturo Ripstein

Avec Luis Felipe Tovar, Ariadna Gil, Juan Diego...


Coproduction Mexique-Espagne-Portugal


Par Raphaël Lefèvre
 
Sortie le 17-03-2004

Durée: 2h17

 

C'est elle, c'est Lola

Mexico, années 40. Entre son métier (serveur dans un café chic, où son patron le brime et où quatre exilés politiques espagnols viennent chaque jour ruminer leur haine contre Franco) et son passe-temps (collectionner les photos érotiques),  Nacho mène une vie plutôt morne de personnage solitaire et effacé. Un jour surgit Lola. Espagnole, prostituée, mythomane, folle, narcissique, torride, sadique, complètement imprévisible et désespérément amoureuse d'un catcheur, elle va ensorceler Nacho et lui en faire voir de toutes les couleurs.

Jadis assistant de Buñuel, Ripstein a gardé de son maître le sens de la torture psychologique (qui atteint d'impressionnants sommets dans Le Château de la pureté*). Il y a assorti un goût exacerbé tout latin pour l'exubérance et la fièvre... Tourné sans aucun souci de naturalisme dans des décors colorés, La Vierge de la luxure est traversé par de beaux moments d'invention visuelle. Les acteurs, impeccables, y réservent d'intenses moments d'émotions confuses. Le maître-mot qui préside à tous : la fantaisie. Chez Ripstein, en vertu d'un sens - très latin, lui aussi - de la dérision, la plus tragique des scènes ou l'évocation la plus terrible du franquisme ne se départit jamais d'une certaine ironie, et l'imagination vient apporter du piment à la réalité (comme dans Big Fish ? mmh... ici, l'imagination n'est pas sans être copieusement ridiculisée).

Dommage que le film manque si cruellement de rythme. En contradiction avec la folie qui habite l'histoire, la mise en scène, malgré ses bonnes idées, s'avère bien trop appliquée, semblant s'en tenir fidèlement à un story-board tenu pour sacro-saint. Avec encore plus d'audace et un peu de courage au montage (2h 17, c'est bien trop long), et La Vierge de la luxure aurait été une belle réussite.


* Pour les curieux de ce cinéma quasi-expressionniste hanté par le mélodrame et le "réalisme magique", le Latina (20 rue du Temple, Paris 4°) organise une rétrospective Arturo Ripstein à partir du 24 mars.