L'Examen
Emtehan

Film iranien de Nasser Refaie


Montgolfière d'Argent et mention spéciale pour l'ensemble des actrices au Festival des Trois Continents de Nantes 2002


Par Raphaël Lefèvre
 
Sortie le 17-03-2004

Durée: 1h20

 

L'Examen évoque "en temps réel", face au portail et dans la cour d'une école de Téhéran, l'attente de dizaines de femmes avant le difficile examen qui leur ouvrira les portes de l'université. Une caméra agile se balade de l'une à l'autre, les laissant exprimer leur quotidien, leurs joies, leurs aspirations. Leur avenir n'est pas assuré, mais l'espoir n'est pas interdit.

Dans une certaine mesure, L'Examen tient du film brillant, et frôle l'exercice de virtuosité. C'est qu'il impressionne, et l'on ne manque pas de se demander comment il a été possible de gérer autant d'acteurs et de figurants. Il serait pourtant injuste de le réduire à un simple exercice de style, tant la mise en scène tend à se faire discrète, laissant avant tout la parole aux personnages, majoritairement féminins. Bavard mais assumé comme tel, le film impressionne surtout parce qu'il est un premier long métrage original et tout à fait maîtrisé.

Rigueur de la construction, liberté du contenu : ce pourrait être la métaphore de la place de L'Examen lui-même dans son pays. Mais s'il soulève certains éléments problématiques de la vie en Iran ou ailleurs, ce film, parfois très drôle, reste dominé par un ton enjoué. Le rire surgit entre autres du rôle dévolu aux hommes dans cet univers presque intemporel, où subsistent les traces d'une situation réelle (les burqas, notamment, qui d'après le réalisateur ne constituent cependant pas un problème majeur pour les iraniennes) mais où s'opère une sorte d'inversion des positions de force : les personnages masculins sont en effet gaiement ridiculisés. A part celui du pur macho qui entend interdire à sa femme de mettre les pieds à l'université, ils sont, du timide soldat au grand benêt rieur en passant par les pathétiques beaux gosses, en position constante de faiblesse par rapport aux femmes.

Le film commence et se termine par un long plan fixe sur la porte fermée de l'école où se déroule l'action. Deux plans faisant figure de constat documentaire d'une situation statique, n'offrant qu'un avenir bouché. Entre les deux se sera néanmoins dessiné avec autant de sobriété que d'originalité un univers tenant à la fois de la réalité, du fantasme et de la projection pleine d'espoir dans un avenir possible.