L'Examen
Emtehan

Film iranien de Nasser Refaie

Avec Une centaine d'actrices


Montgolfière d'Argent / Prix collectif d'Interprétation Féminine (Nantes 2002)


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 17-03-2004

Durée: 1h20

 

Tous voiles dehors !

Premier long-métrage du documentariste iranien Nasser Refaie, L’Examen repose sur un scénario vraiment original, dans le bon sens du terme : la description de l’attente de dizaines de jeunes étudiantes, dans la cour de l’école où elles patientent avant l’ouverture des salles d’examen. Le film s’arrête lorsque l’épreuve va commencer. C’est tout.

A part un plan d’ouverture étrangement long (l’arrivée à l’aube des premières étudiantes qui nous fait redouter que l’influence de Kiarostami ne soit contagieuse), le discours du film s’allège et nous dépeint les états d’âme des diverses jeunes filles, leurs craintes et leurs espoirs, leur relation avec un soldat en faction, leur fascination devant la maternité, leur étrange gêne devant le sexe d’un nourrisson, le tout entrecoupé de plaisanteries et de rires nerveux, car on pouffe beaucoup dans cette cour. Récompense exceptionnelle, le Festival des Troois Continents (Nantes 2002) a décerné un prix d’interprétation collectif à la centaine d’actrices non-professionnelles du film.

La description des mâles qui traînent devant l’établissement (parents, copains, maris jaloux) est moins idyllique : violence verbale et bagarres avortées semblent être leur sport favori. Cette peinture de la mentalité masculine locale, qui redoute que les femmes fassent des études « parce qu’une fois instruites, elles n’obéiront plus », vient alimenter l’idée négative que nous nous faisons de la relation homme / femme en pays musulman. Il faut souligner que cette opinion n’est pas partagée par le réalisateur qui ne soutient guère le mari qui l’exprime : preuve que les mentalités évoluent en Iran, apparemment plus vite que les canons vestimentaires de ces jeunes femmes toutes vêtues de noir. Elles sont couvertes, sans exception, du fameux voile sur lequel la France vient de légiférer (comme si notre modèle de société était universel et que, une fois de plus, les Occidentaux détenaient, seuls, la capacité de distinguer le Bien du Mal et le Beau du Laid dans tous les domaines, vertu bushiste par excellence.).

Nasser Refaie précise à ce sujet : «Les étrangers s’étonnent de leur tenue vestimentaire. Les Iraniennes sont habituées à ce genre de vêtements qui n’est pas un souci important. Elles cherchent plus une indépendance morale et culturelle que vestimentaire : l’habillement n’est qu’un problème superficiel.» Voilà qui ne satisfera ni Gap, ni Zara, ni Naf-Naf et je suppose que les ventes de «Votre Beauté» ou de «ELLE» frisent également le rase-mottes à Téhéran. Mais sommes-nous tellement certains que nos lectrices cosmetics addicted de ces magazines, entre deux séances fébriles de shopping pendant les soldes, sont tellement plus libres que ces jeunes Iraniennes non maquillées ? Ce qui est troublant dans ce film, c’est la bonne humeur, la simplicité, la générosité de toutes ces filles qui ne semblent guère souffrir d’une condition qui nous paraît intolérable. Elles sont, en tout cas, nettement plus gaies que les Parisiennes dans le métro.