La Jeune Fille à la perle
Girl With a Pearl Earring

Film anglais de Peter Webber

Avec Scarlett Johansson, Colin Firth, Tom Wilkinson


Grand Prix et Prix du Public Festival de Dinard 2003


Par Clémentine Gallot
 
Sortie le 03-03-2004

Durée: 1h40

 

Fortunes de la vertu

La Jeune Fille à la perle déploie depuis 1666 la même expression énigmatique : l’anonymat du portrait offrait assez de mystère pour servir de base à un scénario. Conte cruel, cette adaptation fidèle du best-seller de Tracy Chevalier est une production britannique (de sorte qu’à Delft on parle anglais !) et le premier film du monteur et documentariste Peter Webber.


L’affiche, pernicieuse,nous suggère quelque scène torride entre maître et domestique. Celles-cin’auront jamais lieu dans le film qui relate les amours plus que platoniques, pour ne pas dire imaginaires, du peintre hollandais pour son dévoué modèle. Ainsi, la jeune Griet, pucelle vertueuse, est la servante appliquée de la maison du peintre Vermeer.
La Jeune Fille à la perle exploite un vieux filon qui consiste à dévoiler les héros inconnus vivotant dans l’ombre des grands hommes - le génie vu par le trou de la serrure. A priori, on n’aurait que trop raison de se méfier d’une telle démarche. D’autant plus que le protocole convoque d’emblée pénombre, clair-obscur, lumières diaphanes et chandelles, montant bout à bout des saynètes inspirées de toiles archi-connues. Mais, la suite le montrera, le film se détache progressivement du calque et regorge de  contorsions visuelles qui décalent la peinture en mouvement (la reproduire simplement serait chiantissime). Au-delà de ce  Vermeer (Colin Firth) hirsute et constipé, la seule vertu du film – non des moindres - repose sur son interprète principale, la gracieuse Scarlett, dont il importe peu que le ravissant visage diffère de celui du tableau. Récurant avec opiniâtreté assiettes et pots de chambre, la servante dodue, courtisée par un brave garçon boucher, se perd en poses qui évoquent une publicité pour «La laitière». Heureusement, délesté des descriptions proprettes ou primesautières que l’on redoutait, le film n’occulte à aucun moment la violence latente et la rudesse des moeurs de l’époque.
A travers ce fabliau pédagogique et son scénario un peu faiblard, Peter Webber nous guide de l’autre côté du tableau; et s’incline, comme nous, devant l’art domestiqué par la divine Griet.