Lan Yu, histoire d'hommes ŕ Pékin

Film chinois de Stanley Kwan

Avec Hun Jun, Liu Ye, Su Jin, Lu Fang, Zhang Yongning, Li Shuang, Zhao Minfen, Zhang Fan





Par Laurent Tessier
 

Durée: 1h30

 

De 1988 à nos jours, à Pékin, l’histoire d’amour impossible entre Lan Yu, étudiant en architecture et Chen, un riche homme d’affaires : c’est pour se faire un peu d’argent, afin de financer ses études, que Lan Yu accepte initialement de coucher avec Chen, plus vieux, plus " expérimenté " et surtout plus riche que lui. Mais Lan Yu s’éprend très vite et de manière inattendue de Chen. Or, celui-ci ne veut considérer leur relation que comme un divertissement et refuse de s’investir. Pour lui, à un certain âge, un homme doit savoir " se ranger " et fonder une famille...

Lan Yu est inspiré d’un roman anonyme (signé du simple pseudonyme "Bejing tongzhi" : littéralement "Le camarade de Pékin", le terme "tongzhi" désignant aussi une personne gay en argot chinois), qui fut publié sur Internet, sous le titre de Bejing Gushi (Bejing story). Stanley Kwan, lui-même homosexuel, n’a pu que se sentir concerné par l’histoire de ces amours interdites et contrariées : il a en effet lui aussi dû faire face à la volonté de son propre compagnon de trouver une épouse afin de fonder une " vraie " famille…

En voyant Lan Yu, on repense bien sûr à Happy Together, de Wong-Kar-Wai, autre film hong-kongais traitant de l’homosexualité, mais surtout des problèmes de couples en général. Car la force des deux films, c’est de nous faire presque oublier le côté " gay " (Lan Yu était présenté au 7e Festival gay et lesbien de Paris), et de nous montrer une histoire d’amour " universelle ", dans laquelle chacun peut se retrouver.

Pourtant, le film de Stanley Kwan n’atteint sans doute pas les sommets esthétiques, formels et émotionnels d’Happy Together (mais à l’impossible, nul n’est tenu). On reste en effet surpris par une fin incongrue et rapide, qui donne une fâcheuse impression de " bâclé ". Par ailleurs, de trop nombreuses ellipses et sauts dans le temps nous empêchent de nous investir totalement dans cette histoire et de ressentir fermement le lien qui unit les deux amants.

Cependant, le film est souvent touchant, il est servi par des acteurs exemplaires (le couple Lan Yu-Chen en particulier). De plus, il apporte certainement un vrai point de vue (il faisait partie de la sélection officielle d’" Un certain regard ", à Cannes) et une approche novatrice de l’homosexualité. Il dépeint avec brio une Chine où l’homosexualité reste un tabou puissant, malgré les mutations formidables que le pays a subies depuis quinze ans, mutations dont Stanley Kwan saisit et restitue l’ampleur et l’ambiance à travers le croisement de deux destins hors normes.