Feux rouges

Film français de Cedric Kahn

Avec Carole Bouquet,J-P. Darroussin,Vincent Deniard


Sélection Festival Berlin 2004


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 03-03-2004

Durée: 1h46

 

Boire ET conduire...

Est-il possible que ce soit le même auteur qui soit à l’origine de ces récits lents et soporifiques dont la télévision nous gratifie interminablement et de ce Feux rouges qui semble sorti de l’imagination d’un Stephen King ? (Si Simenon a écrit ce roman fulgurant en sept jours, les Maigret de la télé devaient lui demander une demi-journée !)

Dans ce thriller réussi, une des bonnes idées de Cedric Kahn a été de réunir Carole Bouquet et J.-P. Darroussin pour incarner ce couple en crise qui prend la route lors des grandes migrations de juillet. Sans qu’ils aient besoin de parler, on sent qu’ils sont mal assortis et l’authenticité de leur mésentente éclate sur l’écran. Les arrêts-bistrots successifs et l’aggravation de la mauvaise conduite (dans tous les sens) de Darroussin nous plongent progressivement dans un malaise profond alimenté par la maîtrise de la réalisation : l’essentiel de l’histoire se déroulant à l’intérieur d’une voiture, sur des autoroutes qui bouchonnent ou des départementales de nuit, on imagine les difficultés du tournage qui font presque de chaque plan une prouesse.

Mais là ne se situe pas la qualité principale du film. Cedric Kahn mène son récit à la lisière du cauchemar, prenant appui sur l’état d’ivresse exponentielle du héros, pour développer un scénario dont nous perdons peu à peu les repères, ne pouvant plus démêler l’imaginaire possible du réel effroyable. Si nous nous débattons dans un mauvais rêve éthylique, les invraisemblances qui parsèment cette odyssée entrent parfaitement dans une logique onirique, l’astuce perverse du réalisateur consistant à ne nous donner aucune clé pour savoir à quels moments bascule (peut-être ?) le récit ni à quels moments nous retournons dans la réalité… au cas où nous l’aurions quittée. Ce brillant exercice de style élargit encore l’éventail d’un réalisateur dont les centres d’intérêt, de Bar des Rails à Roberto Succo, et de l’Ennui à Feux Rouges, restent assez imprévisibles.