La Route de Memphis
The Road to Memphis

Film américain de Richard Pearce
Deuxième volet de la série The Blues


Sélection officielle Mostra de Venise


Par Frédéric-Pierre Saget
 
Sortie le 25-02-2004

Durée: 1h29

 

Black and White. And Blues.

Second documentaire de la série The Blues initiée par Martin Scorsese, La Route de Memphis narre à la fois les tournées de bluesmen, comme celle du grand B. B. King ou celle du moins connu Bobby Rush, et l’historique de la ville de Memphis. Cette fois-ci, ce n’est plus le célèbre Wim Wenders qui réalise mais Richard Pearce, moins prisé, auteur de quelques films pour la télévision et de longs-métrages pour le cinéma comme Heartland. Comment aborde-t-il le blues, lui ?

Apparemment, le problème qui le préoccupe est la couleur du blues. A l’origine, le blues était plutôt noir, musique jouée par les noirs, encore esclaves, et écoutée par les noirs. Aujourd’hui, le blues est toujours joué par des noirs, mais les salles de concert sont majoritairement blanches. Pearce s’amuse à montrer cette évolution, à opposer l’image noir et blanc du quartier noir de Memphis à l’image couleur de ce même quartier devenu aujourd’hui touristique. Il saisit ces petits moments révélateurs, quand B. B. King, à la sortie de son hôtel, est salué par trois personnes, toutes blanches. Nous ne savons pas trop où Pearce veut en venir en montrant cela. A priori, il nous prouve que le blues anéantit la haine raciale. Mais Pearce pose aussi la question d’une musique née de la contestation qui s’est aujourd’hui embourgeoisée et qui ne fait que flatter les blancs. L’image de B. B. King dans son bus tout confort, endormi, filmé en plongée, est assez féroce. Mais il y a aussi ces images flatteuses de Bobby Rush, combatif, dans son bus qui est loin d’être tout confort… Bref, Pearce pose la question du public et sa réponse n’est pas dogmatique. Il s’agit plutôt d’une réflexion.
Puis, à de nombreuses reprises dans le film, la réflexion s’efface tout d’un coup, faisant place à la fascination de Pearce pour le blues et pour la vie des bluesmen. Il filme des extraits de concert ou des improvisations à l’harmonica dans un bus et il est en transe, hypnotisé. Il ne s’occupe plus de la qualité de son cadre ou de la valeur de ses images. Il veut que nous aimions le blues parce que c’est bon, un point c’est tout. Nous, nous sommes un peu perdus. On nous a dit de réfléchir sur le blues, puis on nous dit de jubiler devant une mémorable danse des fesses ou devant la performance extraordinaire de Rosco Gordon. Au final, à l’enterrement de Rosco Gordon, je dois m’extasier sur le travail des couleurs, qui alterne noir et blanc, ou je dois juste pleurer ce grand monsieur ?
Pourquoi vais-je au cinéma ? Pour réfléchir ou pour jubiler ? Quel que soit le type de cinéphile auquel vous appartenez, il y aura forcément une partie du film qui vous décevra parce que Pearce n’arrive pas à mêler jubilation et réflexion, comme d’autres documentaristes savent si bien le faire (Varda pour ne citer qu’elle). Il ne fait que les alterner et nous perd. Mais il y aura aussi, forcément, une partie du film qui vous plaira…