Blueberry

Film français de Yan Kounen

Avec Vincent Cassel, Juliette Lewis, Michael Madsen





Par François-Xavier Rouyer
 
Sortie le 11-02-2004

Durée: 2h03

 

Le pacte des chamans

Comment intéresser le jeune ? Comment lui faire voir autre chose que ce qu'il voit habituellement ? Comment l'amener à payer un ticket pour un film qu'il n'irait certainement pas voir ? Frédéric Pierre Saget abordait récemment la question, Yan Kounen y apporte une réponse radicale : mentir !
     
Blueberry est un mensonge, le nom n'est pas une seule fois prononcé durant tout le film, Yan Kounen s'en moque, il augure une nouvelle mode, après la mise en film plus ou moins respectueuse de séries télévisuelles et de bandes dessinées, lui, reprend juste, un nom, une abstraction. Pourquoi ? Pour appâter le client, pour ameuter le jeune… On s'attend à un bon western bien violent (on espère du Doberman vu au premier degré), on veut des coups de feu, du sang, des mots qui sonnent (yeah, yeah, yeah), un duel final où le soleil éblouit le méchant, le gentil dégaine, le méchant tombe, la poussière se lève et son hémoglobine salit la chaussée qui n'était déjà pas très propre. On sera déçu, il n'y a rien de tout ça !

Semblant au départ s'orienter vers une facture de western classique, Blueberry refuse peu à peu tout duel, tout suspens pour entièrement s'adonner à la mysticité des indiens chamans (auxquels Kounen a consacré un documentaire qui sortira dans quelque temps), laissant le spectateur pantois devant tant d'impalpable. Kounen ne recule devant aucun défi comme celui d'une séquence longue de plusieurs minutes composée uniquement d'étranges images de synthèse, hypnotisantes uniquement si on accepte de se laisser porter, si on a finalement laissé tomber son seau de pop-corn à moitié plein ; séquences symbolisant l'au-delà des chamans, le procédé est certes facile mais fonctionne néanmoins… Et le réalisateur avoue qu'il ne peut que montrer son impuissance à montrer cet «or» spirituel, le film semble être une première étape, une invitation au spectateur à rejoindre les chamans. Mais, quelle alternative proposent ces indiens ? Même si cela est un peu confus, le spectateur comprend que le film prône la non-violence, le retour à la nature, au respect de celle-ci, un film en fait, profondément écologique (y-a-t-il eu subventions du parti des verts en période électorale ?). Même le «méchant» (Michael Madsen, comme toujours, effrayant) prône finalement cette non violence et ce retour aux origines. On perd finalement la notion de bon et de mauvais à la fin du film, seul le bon semble vouloir émerger, ayant expulsé la brute et le truand. 
   
Certes, le film est loin d'être exempt de toutes critiques : pourquoi avoir fait jouer le jeune homme dix ans plus tôt par un autre acteur que Cassel (était-il trop mauvais pour se rajeunir d'une dizaine d'années ?) Du point de vue des acteurs, mention spéciale à Tchéki Karyo, méconnaissable. D'autre part, les scènes du début font parfois un peu attraction Disneyland mais n'est-ce pas un parti pris du réalisateur pour montrer que faire un western «classique» ne l'intéresse pas ?  
    
Kounen, à travers ce film un peu utopique (mais l'utopie n'est elle pas le propre du western), poursuit sa réflexion pertinente sur la violence en ayant soin de toucher un public le plus large possible, faisant l'effort, à ses risques et périls, de réaliser un film d'action qui nie l'action. Le mensonge ne sauvera certainement que quelques spectateurs, assez ouverts pour voir ce qu'ils n'étaient pas venu voir, les autres resteront hermétiques. Kounen essaie de nous sauver, prenons la main qu'il nous tend !