Feux rouges

Film français de Cedric Kahn

Avec Jean-Pierre Darroussin, Carole Bouquet


Sélection Officielle Festival de Berlin


Par Clémentine Gallot
 
Sortie le 03-03-2004

Durée: 1h46

 

Sécurité routière

Le spectateur candide qui ne saurait pas que Cédric Kahn (Roberto Succo) a adapté Feux rouges de Georges Simenon, pourrait faire fausse route et s'égarer dans un entre-deux genresque, ne sachant pas précisément s'il est en présence d'un drame humain ou d'une fable fantastique.

Que Feux rouges soit un film noir est repérable à quelques indices distillés avec parcimonie au gré des péripéties. Le spectateur se consume dans l'attente que quelque chose se déclare qui pourrait nous réveiller,compte tenu de  l'apathie et la somnolence que l'on connaît propres aux grands départs des vacances d'été. C'est à ce point culminant de stress annuel qu'Antoine (J.-P. Darroussin) et Hélène (Carole Bouquet), partis récupérer leurs enfants, se perdront, pour –mieux ? - se retrouver, au terme d'un éprouvant voyage.

Sur une route bordée de sémaphores, dans le cortège ordonné des automobiles, le couple finit de se disjoindre. Or, la conduite, il n'y a qu'à regarder les films burlesques, est aussi bien physique que morale. La passivité de l'épouse se conjugue avec le  soliloque de l'homme au volant, bourré comme un coing. Signifiant vide, le personnage masculin ne porte plus que sa fonction (mari, père) et son nom plat, Antoine Dunan (qui n'est plus loin d'Antoine Doinel). Rompant avec un circuit aliénant, le mari,  déssaisi de sa moitié, roule dans une trajectoire centripète, vers lui-même, donc. La dépossession, l'éviction progressive des protagonistes dans un même accident, vecteur entre les époux, permettra un recadrage des rôles et des sentiments.

L'opacité du film participe sans doute de son ratage : pourtant, l'inspection conjointe du genre à suspense et du drame familial semblait s'incarner entièrement dans ce couple recousu à vif. Mais Cédric Kahn échoue à nous transmettre cette stupéfaction devant un livre qu'il maîtrise si bien et qui finit par lui échapper.