La guerre à Paris

Film français de Yolande Zauberman

Avec Élodie Bouchez, Jérémie Rénier, Grégoire Colin, Julien Le Gallou





Par Benjamin Delmotte
 

Durée: 1h25

 

Pendant le Seconde Guerre Mondiale, Jules (Jérémie Rénier), un jeune juif qui, malgré les pressions de son frère et de sa jeune amie refuse de rejoindre la résistance, est amené à dénoncer des résistants pour protéger les siens…

Le film de Yolande Zauberman est à l’image de son héros : complexe, chaotique, et difficile à cerner. Si le portrait de Jules et de ses contradictions est au cœur du scénario, le film aborde plus généralement les questions de l’engagement, de la résistance, de l’identité (culturelle, familiale, personnelle) et s’enrichit encore d’une intrigue sentimentale entre le jeune héros qui refuse de s’engager et une jeune résistante espagnole réfugiée à Paris (Élodie Bouchez). Le traitement des thèmes et des intrigues est visiblement marqué par une intention d’éviter le manichéisme ou les réponses trop simplistes. Ce refus de l’évidence touche jusqu’à la construction narrative du film, puisque le scénario et la réalisation cultivent les ellipses et la déstructuration de l’ossature dramatique. L’impression de confusion qui en résulte est encore renforcée par le recours presque systématique au gros plan : il y a très peu de plans d’ensemble dans le film, et le spectateur est constamment désorienté par l’étroitesse de ce point de vue. Comme le personnage principal, on ne sait pas où l’on va, et notre champ de vision est comme limité à une sorte d’immédiateté parfois étouffante.

S’il est aisé de saisir l’intention générale qui préside à ces partis pris de mise en scène (demeurer au plus près de l’état d’indécision et de confusion du personnage), on peut se demander si elle permet véritablement de renforcer le film : la volonté de confusion et de désorientation est telle qu’elle aboutit parfois à de l’agacement de la part du spectateur. La volonté d’esquisser des états d’âme plutôt que de raconter une histoire mène souvent au même sentiment d’agacement : l’intention ne manque certes ni d’intérêt ni d’ambition, mais au bout du compte, elle fragilise un film qui exige une attention extrême de la part du spectateur, sans parvenir à imposer systématiquement cette attention.

En outre, et paradoxalement pour ce film qui refuse l’évidence ou les clichés faciles, on frôle parfois la parodie, notamment dans le traitement de l’intrigue sentimentale : le refus d’expliquer les motifs d’attirance entre Jérémie Rénier et Élodie Bouchez rend leur aventure aussi soudaine que déconcertante, et limite leur histoire à une succession de scènes censées exprimer un débordement de sentiments passionnels contradictoires. Malheureusement, on n’y croit peu, car le film s’arrête à une imagerie cinématographique de la passion peu convaincante à force d’être cultivée par le cinéma français : on a ainsi droit à tous les motifs de cette passion feinte qui se veut cinégénique, cette passion " aux hormones " qui est censée apparaître à la seule vision de disputes s’achevant inévitablement en râles de désirs et corps à corps fougueux, et de tous ces gros plans sur les corps brusqués.

Pour finir, le film laisse une étrange impression d’inachevé...