Country of my skull

Film américain de John Boorman

Avec Juliette Binoche, Samuel L. Jackson, Brendan Gleeson


Sélection officielle Festival de Berlin 2004


Par Clémentine Gallot
 

 

Country of my dull

Cape Town : en 1994, à la fin de l'apartheid, des commissions se mettent en place. Des audiences ont lieu, à la suite desquelles les persécuteurs, les tortionnaires Afrikaners, s'ils avouent leurs crimes, sont grâciés. Dans l'auditoire, un journaliste afro-américain (Samuel L. Jackson) et une poétesse blanche sud-africaine (Juliette Binoche) travaillent au rétablissement de la vérité en rapportant quotidiennement le témoignage des atrocités. Comme le veut le fatum hollywoodien, une histoire d'amour s'en mêle.

Ce nouveau film du britannique John Boorman (Rangoon, Le Tailleur de Panama) concorde avec une sélection berlinoise qui se veut plus « politisée ». Seul hic de cet hommage vibrant qui manque de souffle : les considérations politiques se trouvent bien souvent résumées au port du boubou et au son du tam-tam, confondant  tradition et folklore. Cet échec dans la transmission d'un sentiment africain est marqué par le choix des deux protagonistes qui restent relativement extérieurs. Le flot de la voix sud-africaine est aussi parasité par une romance aussi gratuite pour le spectateur que lucrative pour les producteurs. Oublieux des questions urgentes, le film ne fait que les effleurer : en quoi ces jugements se démarquent-ils de ceux des crimes nazis - « imprescriptibles » - et quelle est leur spécificité ? Quelle place le pardon et la rédemption occupent-ils en politique ? L'amnistie, relative il est vrai, selon les cas, mériterait d'être questionnée en tant que partie prenante d'un cadre judiciaire fortement lié aux croyances locales.

Peu courageux, Country of my skull, évite de répondre (voire de poser) ces questions. Il ne nous reste plus que l'alliage défaillant de cette romance politique et de quelques maigres paysages fadasses à nous mettre sous la dent.