Baboussia
Baboussia

Film allemand de Lidia Bobrova

Avec Nina Choubina, Anna, Ovsiannikova, Vladimir Koulakov, Serguei Anoufriev


Prix Arte Grand Prix du public au festival


Par Marina Klimoff
 
Sortie le 20-02-2004

Durée: 1h40

 

Toute sa vie, Baboussia, 80 ans, s'est dévouée aux siens. Pour ses enfants et ses petits enfants, elle était la personne la plus importante au monde. Les années ont passé. Les petits enfants ont grandi. A la mort de sa fille, Baboussia cherche refuge auprès de ses parents proches. Mais la Russie a changé et chacun trouve une bonne raison de lui fermer sa porte.

La famille a toujours été la plus grande des priorités dans la tradition russe, et cela depuis des siècles. Mais les temps changent, et tout le monde ne suit pas.  Baboussia  est vraiment un film tournant, dans le sens où il remet justement en question la place de la famille dans cette nouvelle société, cette nouvelle vie que connaissent  les russes depuis une dizaines d'années. Désormais, on n’hésite pas à fermer la porte à sa grand-mère âgée. Et tous les prétextes sont bons : un rendez vous en ville, un voyage d’affaire, un appartement trop petit… Il y a quelques années, jamais telle situation ne serait arrivée. On n'y aurait même pas pensé.

L’évolution des mentalités et les changements de mode vie deviennent naturellement les sujets les plus courants dans le cinéma indépendant russe des ces dernières années. Ainsi, le Nouveau Russe  de Pavel Lounguine, et Le Retour  de Zviaguintsev, tous deux sortis l’année dernière, en sont les parfaits exemples. Dans le premier, les nouveaux russes,  voulant aller trop vite, se retrouvaient piégé par le succès et l’argent. Dans le second, un père revenait voir ses deux fils à la campagne après de longues années d’absence. Il se retrouvait alors confronté à une situation que l’on retrouve dans  Baboussia  : famille ou affaire. Il choisit la famille. Dans  Baboussia , on préfère les affaires. Et c’est en cela que ce film est un tournant. La famille n’est plus ce qu’elle était. Il est toujours bon de rappeler les deux genres de mentalités, les deux camps mis en jeu : les anciens restés à la campagne, qui ont du mal à admettre  la fin d’un communisme qui les a rongés pendant des années, et les habitants des villes, les nouveaux diplomés qui ne pensent qu’à l’argent et à la gloire, et qui prétendent grâce à cela, se trouver une place dans le monde occidental.

Même si on aime toujours la famille, mais avec les nouveaux trains de vie, pas possible de vraiment s’en occuper. Alors les anciens restent entre eux. Ou bien sont voués à eux-mêmes. Et c’est ce que choisira cette tendre et très attachante Baboussia.

Certains reprocheront des passages caricaturaux (alcool, misère, Tchétchénie…) dans une ambiance trop joyeuse, mais c’est pourtant comme cela que la réalisatrice voit sa Russie. Les dialogues souvent d’une très grande drôlerie, les magnifiques paysages, les sublimes mélanges de costumes et de musiques traditionnelles, les acteurs fictifs et réels d’une grande qualité (la grand-mère n’est pas actrice, mais mère des sept enfants et cultive son lopin de terre !) de cette société en pleine mutation, permettent à Lidia Bobrova de faire de son troisième long métrage, un petit chef d’oeuvre très émouvant rempli d’une réalité troublante et difficile à admettre pour les Russes. Les réalisateurs russes ont le don de nous expliquer le fonctionnement de leur patrie par des images, c’est encore la magie du cinéma qui agit sur la réalité.