Léo en jouant Dans la compagnie des hommes

Film français de Arnaud Desplechin
D'après la pièce d'Edward Bond

Avec Jean-Paul Roussillon, Sami Bouajila, Hippolyte Girardot, Laszlo Szabo, Anna Mouglalis





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 28-01-2004

Durée: 1h58

 

GLAUQUENSPIEL

L'intérêt de ce film, vu à Cannes dans la sélection «Un certain Regard» réside surtout dans la subtile différence qui marque la conscience que nous avons que les acteurs «jouent» et le moment où nous l'oublions pour croire aux personnages qu'ils incarnent.
Cet exercice de style rappelle le début d'Oncle Vania, de Louis Malle, qui commençait par une répétition de la pièce, dans un décor vide, avec des comédiens new-yorkais arrivant progressivement sur le plateau jusqu'à ce que nous croyions assister aux conflits de cette famille russe (qui s'exprimait en américain.)

Arnaud Desplechin utilise le même procédé de dédoublement fiction/réalité (c.à.d. Répétition/Représentation), mais à plusieurs reprises au cours du film, d'une façon qui semble souvent gratuite et qui, surtout, nous empêche «d'entrer» complètement dans son récit, à cause de la distance qu'il nous impose vis à vis de l'action. On voit combien le «Paradoxe du comédien» fascine le réalisateur puisque le titre du film (Léo en jouant...) indique clairement la règle du jeu. On peut regretter le choix de cette pièce d'Edward Bond baignant dans un climat glauque, avec des personnages antipathiques aux conflits douteux: le drame de ce fils déchiré par les combats financiers que se livrent deux hommes d'affaires à coups de stock-options risque de ne pas passionner la plupart des spectateurs.

Le résultat est cependant assez fascinant et permet surtout aux comédiens de montrer leur virtuosité dans ce brillant exercice d'interprétation à deux vitesses.