Company
The company

Film américain de Robert Altman

Avec Neve Campbell, Malcolm Mc Dowell, James Franco, Le Joffrey Ballet de Chicago





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 11-02-2004

Durée: 1h58

 

Choré grave

Robert Altman (78 ans, décidément le cinéma conserve) fait cette fois-ci une incursion dans le monde de la danse (le Joffrey Ballet of Chicago), comme il nous avait déjà emmené dans les coulisses de la mode (Prêt-à-porter), de la chanson (Nashville) ou des hôpitaux militaires (MASH).

Découvrant lui-même les milieux qu’il nous décrit, il tente de nous faire partager, sur un mode intimiste, la vie et les rites de ces mondes inconnus. Sa parfaite maîtrise du cinéma lui permet de se jouer des difficulté techniques qu’il accumule, comme à plaisir, dans les domaines de la prise de vues, de la prise de son ou du montage. (Pour ceux que la technique intéresse, le film est tourné en vidéo haute définition : la qualité finale du transfert en copie 35mm montre les progrès accomplis par ce nouveau support). Cette virtuosité permet à Altman de nous délivrer un message fluide et easy qui est une des caractéristiques de son talent et dont Short Cuts est l’exemple le plus abouti.

Dans  Company , toutes ces qualités sont, malheureusement, réunies au service d’une absence de scénario qui finit par gripper cette brillante machinerie. Les personnages n’ont pas d’existence : le grotesque directeur de la troupe se contente de dire "Great ! Great !" à chaque suggestion, la danseuse étoile (échappée de  Scream I, II et III ) n‘a pas le niveau technique nécessaire pour un tel rôle malgré ses louables efforts, les romances et bluettes de la troupe qui alternent avec les conflits et affrontements sonnent faux et ne présentent aucun intérêt. Débutant par un générique éblouissant, suivi d’un assez joli pas de deux, les ballets qui se succèdent ensuite paraissent de plus en plus médiocres. Le film se conclut sur un ballet vedette, Blue Snake, tellement nunuche que l’on se demande si Altman n’emboîte pas malicieusement le caricatural chorégraphe en insérant, durant son déroulement, les ovations abusivement enthousiastes d’un public réputé blasé. Cela dit, j’avoue ma faible compétence en matière de danse et ne voudrais pas décourager les balletomanes qui lisent ces lignes et qui trouveront, peut-être, dans ce film les pépites qui m’ont échappé. D’autant que, comparé au calamiteux Gosford Park,  Company  passerait presque pour un lingot d’or.