Demi Tarif

Film français de Isild Le Besco

Avec Kolia Litscher , Lila Salet





Par Clara Schulmann
 
Sortie le 11-02-2004

Durée: 1h03

 

Enfants sauvages

Trois enfants, frères et soeurs, vivent abandonnés, dans un monde sans adultes, livrés à eux-mêmes. Ils doivent se  nourrir, faire les courses (sans argent), aller à l’école , mendier dans le métro, et tout le reste. Ils jouent toute la journée, détestent l’école, investissent l’appartement comme ils l’entendent. Ce sont des enfants «sauvages», qui ont tout compris du fonctionnement de la société, savent donner le change et mentir au téléphone, quand il le faut, pour préserver la liberté de vie qu’ils se sont construite. L’histoire fonctionne bien, elle est pleine de promesses, de souffle et de délices enfantins à venir.

«Le garçon, Kolia, dans la vie c’est mon petit frère. Il est très courageux et généreux. Quand on a tourné une scène sous l’eau, c’était glacé, il a quand même continué de nager. Des gens ont appelé la Police, il a nagé jusqu’à ce que la Police arrive. Je pouvais les emmener dans n’importe quelle situation, ils savaient, devinaient, imaginaient l’enjeu, quoi faire et quoi dire.»

Voici comment Isild Le Besco raconte le tournage de son premier film, Demi Tarif, et déjà, le doute s’installe. N’est-ce pas une facilité que d’utiliser des enfants  comme matière première en se fondant sur ce que chacun d’entre eux possède à n’en pas douter : l’envie de  faire n’importe quoi, de vivre au mépris de toutes les règles ? N’est-il pas évident qu’il faut filmer tout cela avec sa petite caméra, l’image un peu sale, dans un appartement où règne le foutoire le plus total, en courant derrière les enfants dans le métro parisien ? Y a-t-il quelque chose de plus facile au monde que d’hystériser trois enfants, de les secouer dans tous les sens jusqu’à ce qu’on en sorte ce qu’on cherchait : la vie toute pure ? Evidemment, leur force est d’éviter tout misérabilisme, mais  c’est impossible, parce que ce sont des enfants et que  - l’on est d’accord avec la jeune réalisatrice - c’est la chose la plus merveilleuse du monde. Bien sûr qu’on les aime et qu’on s’attache à eux, qu’on les trouve formidables, mais où est le cinéma dans tout ça ? A part dans la description, crue et immédiate, de cette vie de bohème, où est-il ? Le film est à ce sujet un peu trop volontairement pauvre. Il manque à tout moment la dimension proprement enveloppante, distanciée du cinéma. Filmer ce qu’on voit ne suffit pas à faire de la mise en scène. Quant au résultat: tout parle, tout est également intéressant, «à prendre», sans véritable nécessité. On produit ainsi du bruit, du mouvement, mais pas de cinéma.

La voix off est peut-être ce qui «sauve» le film, mais de la façon la plus étrange. Elle raconte, simplement, cette vie et ses aléas, les difficultés rencontrées. Mais le ton est surprenant : cette voix off est lascive, sexuelle. Elle donne aux images une dimension qui en est bien évidemment absente, mais dont elle pourrait être le sous texte, le non dit. Comme si l’enfance portait en elle une inquiétante étrangeté sexuelle, cachée, mais déjà à l’oeuvre dans la formation de tout sujet. Cette voix off est à la fois inaudible, insupportable , et malgré elle juste et insolente.