Le Sourire de Mona Lisa
Mona Lisa Smile

Film américain de Aktan Abdykalykovn

Avec Julia Roberts





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 21-01-2004

Durée: 1h59

 

ELEPHANTES

Après avoir rompu avec Richard Gere et réglé ses problèmes de robinet et d'eau polluée, Erin Brockovich s'attaque à présent à la condition de la femme dans les années cinquante. Le lieu de son offensive ? La vénérable université féminine de Wellesley, dans le Massachusetts, d'où sont sorties, entre autres, Madeleine Allbright et Hillary Clinton. C'est tout dire.

Précisons que, professeur d'Histoire de l'Art, Julia Roberts semble s'attaquer principalement à l'institution du mariage plutôt qu'aux problèmes de la perspective dans la Renaissance. Elle se mêle de la vie sentimentale des péronnelles friquées qui suivent ses cours, alors qu'elle est incapable (la paille et la poutre !) de gérer sa propre relation avec les hommes. Exemple : elle fiche à la porte de sa pension son boy-friend qui a traversé les Etats-Unis pour passer quelques jours avec elle afin de ne pas choquer sa propriétaire (il n'y a donc pas de motels dans la région ?) puis se console avec un bellâtre menteur, prof d'italien, qui se fait passer pour un héros de la campagne d'Italie. Avec de telles réussites, vous conviendrez qu'elle est parfaitement qualifiée pour régler les problèmes sentimentaux des étudiantes qui l'entourent. Quant à son cours d'Histoire de l'Art, il vaut son pesant de peanuts : dans le genre " Je n'en dirai pas plus, suivez mon regard… " le dialoguiste atteint des sommets abyssaux (si j'ose me permettre cette hardiesse) dans le parler pour ne rien dire.

Le problème avec ce type de scénario, issu du copié/collé du disque dur de la Columbia, c'est que l'on prévoit tout son déroulement alors que la projection n'est pas commencée depuis trois minutes. L'éventail des poncifs qui traînent depuis Le Cercle des poètes disparus et consorts est au rendez-vous : la classe hostile au nouveau prof finira par l'adorer, la sévère administration de l'Université passera du scepticisme à l'admiration, l'art moderne suscitera finalement le respect au lieu des quolibets, etc… Durant deux bonnes heures, le film roule sur les rails du déjà-vu et des clichés, comme on dit en américain. Quant à l'éventail des personnages, il est presque complet : la bonne grosse, la flèche, la teigne, la nymphomane, etc… (Je dis presque car il manque la black du quota, mais je suppose qu'il n'y en avait pas à Wellesley.) On finit par souhaiter qu'un commando venu de Columbine vienne faire un peu le ménage dans cette volière, avec la bénédiction de Madame Revault d'Allonnes. Hélas, cet espoir restera vain.

Tout cela baigne dans un sirop musical ininterrompu qui mêle musique originale (?), J.-S. Bach et tubes des fifties enchaînés à la diable. La musicienne ne laisse aucune chance à l'image de respirer mais, comme toujours, je suppose qu'elle a fait là où on lui a dit de faire. Quand on se souvient que Mike Newell avait réalisé le charmant Quatre mariages et un enterrement, on peut estimer que la campagne anglaise lui réussissait mieux que les campus américains.