Calendar Girls

Film anglais de Nigel Cole
D’après une histoire vraie.

Avec Helen Mirren, Julie Walters, John Alderton, Linda Basset





Par Frédéric-Pierre Saget
 
Sortie le 31-12-2003

Durée: 1h50

 

" Amusez-vous, foutez-vous d'tout "

Chris Harper et Annie Clarke sont des femmes d'une cinquantaine d'années , habitant dans un village du Yorkshire. Pour occuper leurs froids jeudis après-midi, elles assistent aux réunions du Women Institute où des intervenants parlent de carpettes, de cuisine et d'autres trucs de bonnes femmes. De bonnes femmes qui ne travaillent pas, contrairement aux hommes, aux vrais, qui cultivent des fleurs ou qui livrent des bouquets. Personne ne vient les ennuyer. A part, peut-être, un cancer qui tue le mari d'Annie. Pour distraire son amie en deuil, Chris a alors l'idée de vendre un calendrier au profit de la recherche contre le cancer. Seul problème : ce sont les femmes du Women Institute qui posent nues pour ce calendrier.

Il y a bien longtemps , le philosophe Pascal appelait au divertissement. L'homme est ainsi fait : s'il ne se distrait pas, il s'ennuie et dépérit. Et la femme, n'est-elle pas faite sur le même modèle ? Apparemment, dans le Yorkshire, non. Les femmes sont des fleurs, comme le disent les maris, plantées sur leur terre natale et qui n'attendent que de faner. Mais quand un proche meurt, l'opération de destruction tend à s'accélérer. Pascal préconisait alors une petite séance de chasse, capable de faire oublier la tristesse. C'est cette petite séance de chasse que vont s'offrir mesdames.

Inspirée d'une histoire vraie, Calendar Girls est une histoire d'émancipation, ou comment les femmes s'approprient ce qui, depuis longtemps, n'appartient qu'aux hommes et qu'aucun quota ne pourra leur rendre : l'amusement. Entre la maîtresse de maison bien propre sur elle et la femme-objet du calendrier du garagiste, Madame Janvier et ses amies passent au centre, dans le compromis : elles font des confitures, mais  elles  les  font  toutes nues. " Non, nue. C'est quoi la différence ? C'est l'art ".

L'art, justement, a depuis longtemps oublié les femmes, si on excepte Hale Berry, Uma Thurman et autres qui ont leur place parce qu'elles sont sexy. Ici, l'art se trouve doté d'héroïnes à fort caractère, pas très belles et plus très jeunes. Tant mieux. Elles se réapproprient les tirades classiques et les clichés, les dialogues moralisateurs, réservés avant aux hommes avec abdos et revolver intégrés, dans une rue factice d'un studio hollywoodien. Il ne faudrait pas prendre ces phrases au sérieux, derrière, il y a un autre enjeu : la  place de la femme dans le décor de cinéma.

Ces femmes sont désapprouvées, bien entendu : le cadre supérieur quitte sa " traînée " et la rue d'Hollywood est vide. On se  demande même si les journalistes hommes ne s'intéressent pas à ces quinquagénaires uniquement pour se moquer d'elles, pour les afficher à poil sur tous les murs de la ville et leur faire vendre de la lessive, toujours à poil, dans une pub d'un goût douteux mise en scène par un homme tout aussi douteux.

Loin d'être exceptionnel du point de vue cinématographique, Calendar Girls est néanmoins un film intelligent, une petite parenthèse dans ce monde viril où l'on n'a rien trouvé de mieux que les quotas pour faire illusion. Mais les quotas ne font pas l'égalité. Comme toute parenthèse, le film de Nigel Cole est pessimiste : l'aventure finie, les femmes retournent à leur village et à leur vaisselle. Le film se clôt, et on se demande quand est-ce que nous reverrons les femmes mûres dans une rue d'Hollywood qui, cette fois, on l'espère, sera pleine.