John Q.

Film américain de Nick Cassavetes

Avec Denzel Washington, Anne Hech, James Woods, Robert Duvall





Par Henri Lanoë
 

Durée: 1h55

 

Si vous avez déjà vu Dog Day Afternoon de S. Lumet ou Mad City de Costa-Gavras, entre autres, vous pouvez vous abstenir. C’est le bon vieux modèle standard : un preneur d’otages sympa aux prises avec les règles inhumaines de la Société et avec une Police composée de débiles profonds en conflit avec le flic humaniste, à la veille de la retraite, bien entendu. Rajoutez le survol des hélicoptères, l’inévitable médiatisation par les équipes télé, la foule agglutinée devant le bâtiment qui prend progressivement le parti du forcené et vous obtenez un scénario qui ne brille vraiment pas par l’originalité.

Au lieu d’une banque ou d’un musée, nous sommes dans un hôpital; la greffe cardiaque remplace le changement de sexe et Denzel Washington succède à Al Pacino ou Dustin Hoffman. Tout est en ordre pour le remake tradi. C’est dommage, car le sujet, politiquement fort, vaut mieux que cela : 40 000 000 d’Américains sont dans l’incapacité d’assumer les frais médicaux lors d’interventions lourdes. Ne pouvant payer la transplantation cardiaque ($ 250 000) de son fils, le père prend le chirurgien en otage pour forcer l’hôpital à sauver son fils. Je suppose que Nanni Moretti ferait un film magnifique d’un tel sujet. Malheureusement, à Hollywood, la corde du mélo est remplacée par un câble d’acier et le développement des clichés qui tiennent lieu de scénario aboutit aux inévitables séquences de suspense toc, décrédibilisant en permanence le déroulement de l’histoire et atteignant un sommet indépassable avec le suicide manqué du malheureux père qui avait décidé d’offrir son cœur tout chaud à l’équipe chirurgicale prête à transplanter ! Beurk…

Comme souvent, dans ce type de production, la réalisation technique est sans reproches. La brillante séquence d’ouverture montre que Nick Cassavetes sait faire du cinéma en filmant une voiture et des camions. On le regrette d’autant plus que son talent, prometteur dans She’s so lovely, tourne à vide dans ce roman-photo où tous les poncifs ont pris rendez-vous. De plus, on n’arrive pas à occulter totalement le souvenir du grand John Cassavetes qui a tenu une place tellement à part dans le cinéma américain, tellement aux antipodes de cet Urgences de luxe.

Ce n’est pas facile tous les jours d’être le fils de " John C. ".