Italian for beginners

Film danois de Lone Scherfig

 

 

Attaquer une comédie par une hécatombe, c’est assez inattendu. Il faut dire que le démarrage du scénario, où l’agonie sous morphine succède à diverses crises cardiaques, laisse craindre que le film ne se termine rapidement en "one man show". Mais bientôt la mortalité s’apaise et ce marivaudage danois peut prendre son essor en tissant les liens qui vont réunir les veufs et les orphelines fréquentant l’école d’italien du quartier.

Ce background funèbre n’entame pas le moral des protagonistes qui cohabitent avec la mort sans paraître trop affectés par ces épreuves, vieille attitude scandinave qui évoque de loin Dreyer et Bergman et qui nous permet de rire malgré le côté souvent scabreux des situations.

Lone Scherfig se réclame du Dogme 95 édicté par Lars von Trier (pas de générique en tête, pas d’effets spéciaux, pas d’éclairage artificiel d’appoint, pas de musique, son direct et caméra mini DV tenue à la main). Cette discipline artistique, dans son intransigeance, était une sorte de manifeste pour lutter contre le cinéma-spectacle qui tend de plus en plus à transformer les films en jeux vidéo. On peut regretter que ce vieux malin de Lars ait abandonné aussi vite ses principes pour tourner son méga-mélo Dancer in the dark.

Lone Schefig, par contre, applique scrupuleusement la règle, sauf dans les scènes finales où un piano maigrelet vient timidement agrémenter l’image. Cette réalisation spartiate n’entraîne pas spécialement de malaise, sauf pour quelques plans tremblotants (le cameraman fatigue en fin de journée) dont on pourrait se passer. Une fois de plus, c’est la qualité des situations et des personnages qui prime sur la technique et les dures lois du Dogme ne font pas obstacle à l’intérêt et à l’adhésion du spectateur quand le scénario et les comédiens sont au rendez-vous. C’était le cas pour Festen de Th. Vinterberg, mais guère pour le "dogmatique" Jean-Marc Barr...

Si, par hasard, vous vous lassiez d’enrichir "Harry Jackpot" et "le Saigneur des Agneaux", pourquoi ne pas porter votre obole à cette sympathique comédie macabre ?