L’Etrange Monsieur Peppino
L’Imbalsamatore

Film italien de Matteo Garrone

Avec Ernesto Mahieux, Valerio Foglia Manzillo, Elisabetta Rocchetti


2 Donatello (Césars) : scénario et acteur (E.Mahieux)


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 14-01-2004

Durée: 1h41

 

Le bel Hétéro

Cet intéressant film de Matteo Garrone semble avoir eu des difficultés d’exploitation en France puisqu’il ne sort qu’aujourd’hui alors qu’il a été présenté à la Quinzaine des Réalisateurs en 2002, sous le titre L’Empailleur, devenu à présent L’Etrange Monsieur Peppino. Pourquoi ne pas l’appeler simplement L’Embaumeur comme en italien? Il faudrait poser la question aux distributeurs qui en savent tant sur le goût du public…

Un scénario insolite à plus d’un titre et une interprétation parfaitement adaptée aux personnages en sont les atouts maîtres. Peppino, un nabot taxidermiste, sorte de Dany de Vito qui n’aurait pas émigré en Californie (le remarquable Ernesto Mahieux), travaille pour le zoo de Naples et, accessoirement, pour la Maffia. Il tombe raide amoureux d’un beau et grand jeune homme, Valerio, qu’il débauche de son emploi de cuisinier et qu’il va payer grassement comme assistant, alors qu’il ne connaît rien à l’empaillage des animaux. Le bel éphèbe est submergé par la faconde chaleureuse de l’embaumeur qui, pour ne pas trop l’effaroucher, commence par organiser des virées avec des dames afin de l’amener progressivement à une homosexualité bien comprise. Malheureusement, Valerio en pince pour Déborah, rencontrée lors de leurs pérégrinations, et qui vient s’incruster dans ce curieux couple. Cette présence inattendue entame progressivement la feinte jovialité de Peppino qui vire à la jalousie féroce. Le faible Valerio, ainsi ballotté entre la voile et la vapeur, se décide à choisir Déborah, enceinte, et à l’accompagner chez ses parents qui habitent dans les brumes de l’Italie du nord. Peppino les poursuit jusque là et reçoit un accueil chaleureux de la famille qui le prend pour le tonton du jeune homme. Progressivement, le cauchemar succède à la comédie du début et le harcèlement que subit Valerio suscite à la longue un malaise bien supérieur à celui qu’espèrent les auteurs de certains thrillers récents.

Il est habituellement facile de prendre le parti de la victime d’un " méchant " antipathique et d’être soulagé lorsque celui-ci disparaît. Avec une perversité certaine, Matteo Garrone brouille les cartes en décrivant l’avenir matrimonial médiocre qui attend le jeune couple, loin de la fête permanente qu’aurait été la vie avec le volubile Peppino. Cette attaque du mariage et de la paternité, constante dans le cinéma italien, atteint là un sommet dans la cruauté. Il n’y a finalement pas d’issue pour le bel hétéro face à ce dilemme: quel qu’il soit, son choix sera mauvais. Lorsque les beaux-parents, préparant le petit déjeuner du plan final dans la cuisine, l’appellent pour les rejoindre, on ne peut s’empêcher de frissonner comme dans un film d’horreur. Brrrr...