Irréversible

Film français de Gaspard Noé

Avec V. Cassel, M. Bellucci, A. Dupontel


Présenté au Festival de Cannes
Compétition officielle



Par Eric Dagiral
 
Sortie le 24-05-2002

Durée: 1h39

 

Générique à rebours, en forme de spirale. La caméra s’abîme dans une nuit noire, happée par quelques éclairages publics rougeoyants. Deux hommes épais et suants, qui font figure d’oracles, lâchent la sentence-matrice du film : " le temps détruit tout ".

Puis c'est comme un déferlement : Cassel sort d’une boîte sur une civière, Dupontel est encadré par des flics. Retour suivant : les deux mêmes débarquent dans la dîte boîte (homo). Cassel recherche un type. Il interroge et castagne à tout va, s’enfonçant toujours davantage dans l’enfer du Rectum (nom de la boîte). Il trouve le type, le charge… là dessus, Dupontel armé d’un extincteur massacre le type. Nouveau retour, etc., etc. Où l’on aura compris plutôt vite que Marcus, accompagné de Pierre, traque Le Ténia à la suite du viol d’Alex (Monica Bellucci).

Partant de la durée étirée d’une nuit entamée en toute fin d’après-midi, on remonte alors dans l’existence plus paisible du couple en amont de l’irréversible engrenage. Sexes, drogues et intimité. Ainsi le film ménage-t-il un apaisement quasi progressif, à peine contrecarré par le final, enchaînant des scènes saisies à la volée, très heurtées mais liées entre elles, jusqu’au plan fixe choisi pour figurer le viol de Monica Bellucci par Jo Prestia. Un passant ne tentera pas d’intervenir ou de prévenir qui que ce soit, et Prestia ne sera pas empêché le moins du monde, contrairement à ce qui se produisait dans Femme fatale, où il s’en prenait déjà à Rebecca Romjin-Stamos, décidément. Sombre humanité, à chacun sa part d’ombre, pas d’Antonio Banderas chez Gaspard Noé.

L’intérêt suscité par ce film prétendument épate-bourgeois (la bourgeoise est une salope, etc.) réside dans tout ce qui échappe au discours apocalyptique et téléologique tout bonnement déconcertant. Cette insistance du propos (" le temps détruit tout ") se trouve sans lien avec le film, et le laisse creux, le renvoyant à ses désespérants effets de réel. Avec un propos simpliste et direct et aussi quelques trucs, le réalisateur est parvenu à perdre son film en route, ce qui réserve de beaux passages exempts de dissertations, soutenus tant par un cadrage ambitieux que par des acteurs laissés plutôt libres.