Le Seigneur des anneaux : Le Retour du Roi
The Lord of the Rings : The Return of the kings

Film américain de Peter Jackson

Avec Elijah Wood, Orlando Bloom, Ian Mc Kellen, Viggo Mortensen





Par Frédéric-Pierre Saget
 
Sortie le 07-01-2004

Durée: 3h15

 

Trois heures vingt-et-une minutes d’héroïsme pur par Peter Jackson.

Voici enfin sur nos écrans en cuir de Nazgul le dernier volet de l’ambitieuse adaptation de Peter Jackson. Frodon, flanqué de son gentil jardinier joufflu et du problématique Gollum, est aux portes du Mordor, tandis que Gandalf, Merry, Pippin et tous les membres de la Communauté de l’Anneau vont livrer les grandes batailles finales contre la tripotée d’orcs maléfiques que Sauron envoie pour en finir avec l’ère des hommes. Fourbissez vos lances et vos épées, prenez votre place dans l’armée multiraciale qui lutte contre le mal et préparez-vous à mourir en héros au combat pour que le monde reste libre : le Roi est de retour.

Ah, quel langoureux plaisir de se laisser couler dans son fauteuil en observant tant d’héroïsme concentré en de si petits et ridicules rectangles de pellicule constituée principalement de celluloïd, quelle douceur de sentir ce long frisson vous parcourir quand, pour la énième fois, une séquence filmée en plans larges se termine par un gros plan sur un des héros charismatiques disant d’une voix sentencieuse une des ces phrases déterminées qui ont fait la gloire de toute une génération de chevaliers courageux, à savoir, au choix, "Voici venue la bataille de notre temps", "Pour Frodon", et d’autres plus succulentes qui agitent les papilles gustatives de notre ego patriotique enterré sous un cynisme de la taille d’un oliphant. Ne nous emportons point comme Peter Jackson peut s’emporter au point de produire une demi-heure de fins diverses qui font éclore au coin de notre globe oculaire un minuscule lac d’émotion à chaque nouveau dénouement jusqu’à ce que, après un nouveau fondu au noir, alors que nous croyions que l’histoire allait rebondir, le mot fin apparaisse et mette un terme à notre rêve.

De loin le meilleur des trois films de Peter Jackson, Le Retour du roi est sans doute aussi le plus fidèle au roman de Tolkien, tant dans les actions que dans l’esprit de cliquetis de dagues et de sifflements de flèches qui règne sur le troisième tome du Seigneur des anneaux, et il ravira, cette fois, les aficionados des oreilles pointus de Frodon Sacquet comme les simples chevaliers en herbes (à pipe) qui ont agité leur roi Arthur en plomb ou simplement mené une armée, équipée d’à peine quelques casseroles et de branches de vieux châtaigniers, à la victoire contre ces chiens d’orcs du quartier des merisiers. Mais que ceux qui cherchent psychologie et interrogations sur la condition humaine ou démonstration virtuose de mise en scène passent leur chemin, il n’y a de place chez ce Roi de retour que pour les lames et le sang versés par une armée collective et pour des combats incompréhensibles et absurdes filmés en caméra à l’épaule. C’est l’acte héroïque qui compte et non point son sens ou son résultat. "La certitude de mourir, une faible chance de succès, qu’est-ce qu’on attend?" déclama courageusement Gimli quand Aragorn eut terminé d’exposer son ultime plan. Et vous, courageux paladins, qu’attendez-vous pour envahir le cinéma? Laissez les lâches quêteurs du chef-d’œuvre derrière vous et, pour mettre un terme à la période des fêtes, allez sauver le monde.