Hollywood ending

Film américain de Woody Allen

Avec Woody Allen, George Hamilton, Téa Leoni, Debra Messing, Mark Rydell, Treat Williams


Présenté au festival de Cannes
Le 15 mai 2002



Par Laurence Bonnecarrère
 

Durée: 1h50

 

À la recherche du bonheur, aveuglément

La cause est entendue : il n’y a pas de bons ni de mauvais Woody Allen.

Celui-ci est toutefois excellent ! (n’en déplaise à certains critiques qui commencent à faire la fine bouche, allez savoir pourquoi).

Le sujet du film ? Une synthèse d’" Au bout du rouleau ", de Joseph Conrad et du Malade imaginaire ! (il fallait y penser !). Au bout du rouleau : le capitaine d’un navire devient aveugle, mais grâce à son second, il réussit à le cacher à son équipage. Woody Allen est cet aveugle, mais sa cécité étant d’ordre psychosomatique, elle sera momentanée : il recouvre la vue à la fin du film, ouf !

Un metteur en scène aveugle donnant des instructions ineptes à ses acteurs et à son équipe, déjà, ce n’est pas triste. Mais ce n’est pas tout : Woody Allen recycle également le thème du remariage des comédies américaines des années cinquante (à propos desquelles le philosophe Stanley Cavell a écrit son fameux livre : A la recherche du bonheur). Vous vous souvenez du Gary Grant de Philadelphia story (George Cukor), ou de La Dame du vendredi (Howard Hawks), de ses démêlés avec ses ex et futures épouses, (Katharine Hepburn, Rosalind Russell), des rivaux finalement éconduits (l’inénarrable Ralph Bellamy dans La dame du vendredi, par exemple?

Dans Hollywood ending, l’ex-femme de Val (Woody Allen) – Val est un réalisateur de grand talent complètement à la masse- l’a quitté pour Hal, un puissant producteur hollywoodien bronzé, manucuré et gominé (Treat Williams). Ce qui fournit l’autre motif du film : la reconquête du bonheur, malencontreusement confondu un temps avec sa contrefaçon (une compagne arriviste et idiote pour Val, le soleil de Californie et la piscine mais assortis d’un mari fat et cupide pour Ellie etc..). Elle croyait ne plus aimer Val ; elle se trompait. C’est elle qui lui permettra de retrouver inspiration et succès en l’assistant pendant tout le film (qu’il réalise), assumant avec lui les risques considérables de la supercherie.

On rit – comme rarement – mais le film est tendre, et émouvant aussi. Bien sûr, on peut toujours pinailler : Woody Allen ce n’est pas Gary Grant (physiquement parlant). Ecoutons Téa Leoni sur ce point : " (Woody Allen) est l’un des hommes les plus sexy avec qui j’ai travaillé. Je parle de son esprit… quand vous regardez ses yeux, c’est comme s’il vous enveloppait tout entière… alors oui, ce n’est pas l’incarnation exacte d’un Adonis… mais il a une présence vraiment sexy. Et il embrasse très doucement, très tendrement. Il y a tellement d’assurance dans ses lèvres. " (Première, mai 2002).

Je me demande ce que pense David Duchovny (le mari de Téa Leoni dans la vie) de ce type de propos. Mais peut-être ne comprend-il pas le français.