Kitchen Stories

Film norvégien de Bent Hamer

Avec Joachim Calmeyer, Tomas Norström, Reine Brynolfsson, Bjørn Floberg, Sverre Anker Ousdal, Leif Andrée


Primé à la Quinzaine des Réalisateurs, Festival de Tromso, Festival de Copenhague, Festival de Haugesund


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 17-12-2003

Durée: 1h35

 

American (Nor)way of life

Dans les années 50, après le cataclysme de la deuxième guerre mondiale, les séductions de l’american way of life se répandirent sur l’Europe, l’aménagement fonctionnel de la cuisine, entre autres, car une cuisine bien organisée est la clé du bonheur familial, comme chacun sait. Après de nombreuses études du comportement de la mère au foyer, les experts scandinaves ont estimé que cette ménagère, qui parcourait en une année, dans sa cuisine, la distance de la Norvège au Congo, pourrait désormais préparer ses repas en " allant " seulement jusqu’en Italie du nord (sic), grâce aux améliorations proposées.

C’est cette enquête qui a inspiré à Bent Hamer son scénario, dont le développement n’est vraiment pas évident à partir d’un tel postulat. Il s’est encore plus compliqué la tâche, en abandonnant la piste facile de la ménagère traditionnelle, au profit d’une étude de l’homme célibataire dans sa cuisine. Le résultat donne ce film insolite qui semble issu du mariage de Bergman et de Keaton.

Une dizaine d’enquêteurs suédois est donc lâchée dans la nature pour aller étudier le comportement des voisins norvégiens, vivant solitaires dans leurs maisons isolées par l’hiver. Un escadron de caravanes tractées par des Volvo (modèle 1950) vient ainsi camper devant les isbas où vivent les célibataires volontaires pour être sujets d’étude. Le principe est simple : juché sur une chaise d’arbitre de tennis située dans la cuisine, l’enquêteur note les déplacements quotidiens de l’habitant, anticipant ainsi le rôle dévolu aujourd’hui aux caméras de vidéosurveillance. Les règles sont strictes : il n’adresse pas la parole au " cobaye " et, la journée finie, regagne sa caravane où il réside.

Bien entendu, au bout de quelques rounds d’observation, le lien se noue entre observant et observé et, c’est peut-être la faiblesse du film, rien n’est vraiment inattendu dans le développement de leurs rapports dont une réalisation sage et mollassonne, abondamment ponctuée de fondus au noir entre les séquences, accentue le caractère prévisible.

Mais il nous manque évidemment la culture scandinave qui permettrait de mieux apprécier l’humour et l’ambiguïté des relations entre Suédois, Norvégiens, Danois et même, Finnois. Cette lacune est confirmée par le fait que Kitchen Stories  a raflé quantité de prix dans les pays septentrionaux, ce qui prouve que l’exception culturelle n’est pas exclusivement un combat français. Malgré ce handicap, cette fable pince-sans-rire, dont les femmes sont totalement absentes, dégage un curieux charme qui nous conduit à sourire, malgré nos lacunes, devant tant d’absurdité glacée.