Après Vous

Film français de Pierre Salvadori

Avec Daniel Auteuil , José Garcia, Sandrine Kiberlain, Marilyn Canto





Par Laurence Bonnecarrère
 
Sortie le 17-12-2003

Durée: 1h50

 

Humour et mélancolie

Salvadori, c’est un nouveau ton. Une petite musique rafraîchissante, même si le thème de son dernier film n’est pas spécialement désopilant. Le point de départ est le même que dans l’excellent Pour rire de Lucas Belvaux : un homme sauvepar hasard un inconnu du suicide.

Puis Antoine, le sauveur, recueille le suicidé, Louis, l’entoure d’affection, renonce pour lui à sa maîtresse, lui fournit un emploi et finalement devient son factotum. Jusqu’au jour où il tombe lui aussi amoureux de la cause du suicide, une prénommée Blanche. La personne en question est une fille sans foi ni loi (« pas une fille facile, mais très conciliante quand même », dit-elle d’elle-même), une greluche quelconque qui ne vaut vraiment pas tant de tracas. Quant à Louis, c’est un emmerdeur qui  emploie tout son mal-être à démolir ses proches, à commencer par Antoine, le sauveur, qui se décompose tandis que Louis se reconstruit progressivement à ses dépens. Sur cette trame plutôt sombre, le réalisateur greffe une série de scènes de comédies désopilantes, absurdes ou burlesques, parfois jusqu’au délire. Si certains gags sont quelque peu appuyés, l’inventivité du réalisateur n’est jamais prise en défaut. Dialogues brillants, trouvailles scénaristiques ou visuelles, péripéties farfelues émaillent un récit impeccablement rythmé. Stupides mais attachants, égoïstes et fragiles, sournois et tendres, les trois héros, magistralement incarnés par José Garcia (Louis), Daniel Auteuil (Antoine) et Sandrine Kiberlain (Blanche) évoquent des personnages de Desproges ou de Reiser. A mille lieux des comédies graveleuses à l’honneur aujourd’hui, Salvadori revisite une autre tradition française, prouvant qu’il est possible de rire de nous-mêmes, et non des autres, sans complaisance et sans le moindre soupçon de vulgarité.