Le monde de Némo
Finding Nemo

Film américain de Andrew Stanton
et Lee Unkritch

 

Durée: 1h45

 

L’océan est dangereux, Nemo, et il n’est pas pour les enfants 

Pixar est devenue depuis quelques films LA référence en matière de cinéma d’animation. Sous contrat avec Disney, cette société créative est en train de dépasser ses pairs animateurs et de s’imposer comme le relais d’une entreprise qui périclite. Après Toy story 1 et 2, histoire de jouets, après Mille et une pattes, histoire de fourmis, et après Monstres et Compagnie, histoire de monstres, voici Le monde de Nemo, histoire de poissons à vingt mille lieues sous la mer où Marin, poisson clown, recherche son fils Nemo. Il est aidé par un poisson femelle amnésique.

Le fils en question, après une escapade pour braver son papa poule - un poisson néanmoins - a été capturé par un dentiste et enfermé dans un aquarium. Il attend que la nièce du dentiste vienne le chercher. Passons tout de suite sur la prouesse technique. Nous savons que Pixar est un petit génie de l’animation qui ne recule ni devant les poils ( Monstres et Compagnie ), ni devant l’eau. Mais Dinosaures était aussi une prouesse technique, ce qui ne l’empêchait pas d’être un fort mauvais film. Voilà, le problème de la technique réglée, nous pouvons parler de… zut, c’est un trou béant, abyssal quand il faut parler du Monde de Nemo, tant ce monde est enchanteur. Il ferait retrouver son âme d’enfant au régiment de soldats de Full Metal Jacket. Quand je l’ai vu, la moyenne d’âge de la salle se situait à quarante ans et tout le monde a étouffé un " oh " de terreur au moment où le requin Bruce a reniflé le sang de Dory, la poissonne amnésique. Allez critiquer un film avec six ans d’âge mental.

Mais essayons. On se rend compte que le film nous fait peut-être l’effet de la plus puissante des cures de jouvence. Loin du monde sauvage propice à l’enfantine fable écolo fort niaise que continue de nous servir Disney ( j’ai peur de Brother Bear ), le Monde de Nemo est un monde d’adultes, celui que nous connaissons tous, avec ses routes, ses parents d’élèves casse-nageoire et ses questions de logement. Tous les effets comiques, de l’évocation du rejet freudien à celle d’e-bay, de la citation de Shining à celle des Oiseaux, ne semblent compréhensibles que par les adultes. Cela ne fait qu’abonder dans le sens de la diabolisation de l’enfant, humain, cela s’entend, déjà présente dans Monstres et Compagnie. Ici, la seule véritable menace est finalement la nièce du dentiste.

Mais cela n’est peut-être que le résultat de la réflexion que mène Pixar sur le préjugé véhiculé par l’image. L’image est la seule chose qui s’oppose à la réussite de Marin : la photo de la nièce du dentiste, posée face à l’aquarium, est comme un compte à rebours. Chaque seconde, le moment où cette horrible gamine emportera Nemo approche. Chaque seconde du film, le moment où le cliché nous emportera recule, comme un mouvement inverse, au fond de l’océan. Egérie de la quête de Pixar contre le cliché cinématographique, Dory sait qu’il faut passer par ce ravin escarpé et menaçant, sait qu’il faut se faire avaler par la baleine. Pixar n’a de cesse de faire voler en éclat-boussures les préjugés : les requins sont gentils, l’intérieur de la baleine n’est pas fait d’os et le petit poisson mange le gros à la dernière image du film, révélatrice. Finalement, c’est le cliché du film d’animation que remet en question Pixar, réfléchissant sur sa propre condition de film Disney de Noël. Quel public pour un film d’animation ?

Nous. Et puis, pourquoi pas, les enfants. Malgré tout, je suis sûr que cela reste efficace sur les moins de dix ans : il y a un poisson qui rote dans le film.