Intolérable cruauté
Intolerable Cruelty

Film américain de Joel et Ethan Coen

Avec Georges Clooney , Catherine Zeta-Jones





Par François-Xavier Rouyer
 
Sortie le 10-12-2003

Durée: 1h40

 

Croqueurs de comédie
Tout semble faux dans ce film. Et pour cause, tout est faux : faux mariages, faux divorces, faux contrats, faux sourires et fausses larmes. Tout est tellement faux qu’on ne sait plus sur quel sentiment danser. Il y est question d’une croqueuse de milliardaires qui se marie pour mieux divorcer, et qui se paye la tête d’un avocat virtuose précisément spécialisé lui aussi dans les divorces, impostures, parades, arnaques et facéties en tous genres. A partir de cette improbable bluette, les frères Coen réussissent à parodier le cinéma américain tout en faisant du cinéma américain!

Le film passe en effet par tous les stades de la comédie romantique. Il y a les deux protagonistes que tout oppose, les sourires en coin, les premières tendresses, les doutes concernant l’amour réciproque. Mais tout est sublimé, et si l’on pleure, c’est de rire. Le film se moque sans retenue de ses personnages. Fabuleux, Clooney apparaît comme un grand acteur dans la lignée de Cary Grant. Passant son temps à regarder ses dents, puis à les cacher, ce séducteur émérite joue avec cette image en tournant celle-ci en dérision. Les Coen sont perpétuellement sur un fil d’équilibriste. Mémorable scène du discours classique dans laquelle le beau héros se repent devant toute une assemblée. La scène n’est pas parodiée, le spectateur ne sait plus quoi penser, et celui qui rit se sent bien seul; la salle est tombée du fil d’équilibriste mais il y a un filet, rassurez-vous, vous serez récupéré!
Provoquant une jouissance constante, ce film est donc intolérablement cruel à l’égard du spectateur qui doit s’accrocher au fil pour pouvoir pleinement l’apprécier, intolérablement cruel également à l’égard de nos petites vies compliquées dont on devrait rire au lieu de pleurer.