La fille

Film portugais de Solveig Nordlung

Avec Nuno Melo, Joana Barcia





Par Clara Schulmann
 
Sortie le 10-12-2003

Durée: 1h30

 

Huis clos familial sur fond de télé-réalité
La fille est un film audacieux qui commence formidablement bien. Moderne, dans le sens où il évoque le fonctionnement d’un monde qui convient parfaitement à la forme cinématographique, plein de mystère, de désir de pouvoir, de fausse créativité : celui de la télévision. En voyant ce film, on mesure notre envie, voire notre besoin, de pénétrer ce qui se passe aujourd’hui derrière le petit écran. Que l’on donne enfin à voir la façon dont sont créées ces émissions qui font froid dans le dos, que l’on voit les visages de ceux qui les pensent et les inventent, que l’on découvre les transactions qui en sont le moteur.

Le héros de cette tragédie moderne est le grand patron de la télévision portugaise, un homme établi et bon vivant, spécialiste de télé-réalité, père d’une jeune adolescente que l’on entrevoit au début du film. Retenu par ses obligations mondaines, il ne prend d’abord pas au sérieux les menaces que Leonora lui envoie sur son portable par S. M. S. La situation se révèle bientôt critique et il lui faut se faire à l’idée que sa fille a réellement quitté la maison paternelle. La névrose met alors du temps à se révéler, elle est traitée avec assez de finesse pour que l’on croie à la sincérité de cet homme bouleversé par la disparition de son enfant. Construit sur le rythme d’un suspens délicat, il nous faut du temps pour comprendre que la jeune fille en question s’est bien échappée, mais d’un univers construit par son père, remontant à sa petite enfance, et qui ressemble à un enfer de sadisme maniaque. Pour parvenir à ces conclusions, il aura fallu qu’une autre jeune femme, du même âge que la vraie fille, et rêvant de devenir star de la télé, soit prête à se substituer à l’enfant perdue, et accepte de s’enfermer dans cette maison quasiment hantée pour rejouer avec le père les scènes originelles d’enfermement, de torture, voir d’abus sexuel…La folie du père, dans ce huit clos asphyxiant, révèle toute son horreur, et la jeune innocente paie bien cher ses rêves de célébrité.
Toute cette dernière partie est bien moins convaincante. Dès que l’on arrive aux confins de la démence, dans cet appartement qui devient le décor des jeux les plus délirants, on éprouve l’impression, très forte, d’avoir vu et revu ces scènes au cinéma. Le film perd alors de sa tenue et de sa rigueur . On sombre dans le cliché, les personnages perdent toute consistance. On retrouve les chemins déjà tant de fois balisés, et qui n’offrent plus rien de nouveau.