Harry Potter à l'école des sorciers

Film américain de Chris Columbus

 

 

Harry à tout prix

Harry Potter, impossible d’y échapper, pire que Pokemon et Barbie : à ceux qui vivraient dans une grotte, je rappelle qu’avant d’être décliné en d’innombrables produits dérivés, ce nouveau mythe est d’abord le héros d’une tétralogie de J.K.

Rawlings, best-seller dans le monde entier. Le phénomène touche non seulement les jeunes, mais aussi les vieux enfants, les nostalgiques, bref, tout le monde connaît le sire Potter (prononcer "Aripoteure" en français). Que tout le monde l’aime, c’est une autre question . Mettons en garde les grincheux : critiquer l’aspect caricatural ou exagéré du film serait totalement dépourvu de pertinence étant donné le public auquel il est destiné. Quant au choix du réalisateur, Chris Colombus, il serait normal d’émettre quelques réticences si l’on se penche sur ses précédentes productions : Maman j’ai raté l’avion et Mme Doubtfire. Mais ici, pas d’inquiétude.

Quelques recommandations : avant de pénétrer dans la salle obscure, prière de laisser ses ennuis à l’entrée, essayer de se rappeler comme c’était bien quand on était petit, et si possible avoir l’air heureux, mais là j’ai peur de trop en demander.

A l’âge où la plupart des enfants poussent la porte du collège, Harry Potter entre à l’Ecole des sorciers, nous plongeant, à cette occasion, dans un univers insoupçonné et pourtant proche de nous : les sorciers cohabitent avec les "moldus" (= nous, les pauvres humains) mais on ne sait pas qu’ils existent. De plus, cet univers appelle de nombreux souvenirs d’enfance, car il tient autant de la légende que de l’histoire moyenâgeuse. Poudlard, la meilleure école de sorcellerie sur terre, est en fait un immense château abritant aussi bien professeurs et élèves que revenants, esprits, animaux étranges, portes cachées, passages secrets, corridors interdits et escaliers malicieux. On assiste aux cours : fabrication de potions, vol à dos de balais, défense contre les forces du mal. Cet univers si particulier est lourd de traditions (les élèves défendent leur "maison" en gagnant des points notamment au cours des match de "Quidditch", les familles de sorciers se connaissent et rivalisent), c’est un monde qui fourmille de personnages atypiques (géants, trolls, centaures, magiciens positifs ou maléfiques) s’exprimant tous avec un accent anglais absolument jouissif. Pas un détail n’est omis pour parfaire le tableau. On suit donc le jeune Potter, avec ses amis (des camarades, un géant, des profs bienveillants) - et ses ennemis (moldus, élèves, profs ou entités maléfiques) - dans des aventures enlevées et palpitantes, sur une année à Poudlard.

Le film, en lui-même, soulève un certain nombre de questions et de commentaires : ceux qui ont lu le livre remarquent que l’adaptation est plutôt fidèle, bien que la durée du film (2h30) ne permette pas de prendre en compte tous les événements de l’histoire originale et propose quelques simplifications. Cela entraîne une absence de temps "creux" et un enchaînement un peu rapide des péripéties. Par ailleurs, certains seront peut-être agacés par cet enfant si parfait, passant du rôle de victime à celui de star, humble et courageux, sérieux et espiègle. Malgré tout, le personnage emporte notre entière adhésion tant il est sympathique. On peut également se poser la question du bien fondé de cette adaptation en constatant qu’elle repose sur un intérêt financier, sinon pourquoi adapter un livre qui a le mérite d’emporter l’imagination et de ne pas l’enfermer dans un carcan d’images imposées (très belles cela dit) ? Enfin, on apprécie un renouveau du film pour enfants qui échappe à la mièvrerie navrante et à l’hypocrisie du monopole Disney.
On ne sait pas si Harry est un ami qui nous veut du bien, mais il nous fait du bien et on lui en est redevable : on en sort charmés, et plutôt ravis.