Le Monde Vivant

Film français de Eugène Green

Avec Christelle Prot, Alexis Loret, Adrien Michaux, Laurène Cheilan


Ce film est accompagné du court-métrage "Le Nom du Feu"


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 26-11-2003

 

Exceptions culturelles

Eugène Green fait désormais partie du club très fermé des cinéastes qui tentent de remettre à plat les conventions de l’écriture cinématographique (comme Bresson ou Godard). C’est dire que juger sa production demande un relatif effort tant son mode de récit est loin des films auxquels nous sommes habitués et tant les combats qu’il met en scène sont sans rapport avec les films de sabre orientaux qui inondent nos écrans.

Remettant même en question les notions de longs et courts métrages, il a tourné Le Monde vivant  (1h15) pour compléter son "mini-film"  Le Nom du feu  (20’), afin de constituer un programme exploitable.
Il s’agit de deux fables baroco médiévales contant les affres d’un homme qui se transforme en loup-garou (le "mini-film"), puis d’un chevalier qui affronte un ogre terrifiant (le long métrage). Tout est dans le traitement et, si on entre dans le jeu, cette entreprise dégage un charme et un humour évidents.

Il y a d’abord un usage permanent des anachronismes (langage, vêtements, accessoires) qui décale le récit vers la fantaisie, sinon le fantastique, mais jamais vers Les Visiteurs. Ensuite, la chose nommée faisant foi, un labrador devient un lion et un lapin un éléphant. Enfin, la diction des comédiens, articulant d’un ton neutre un français parfait, est un troisième élément du " système " Green, fortifié par l’usage systématique des liaisons entre les mots :
- Le chevalier r-au lion
- Qui dort t-ici ?
- Je dois vous laisser r-un moment

Cette élocution caractérisait déjà le premier film du réalisateur, Toutes les nuits  (2001), pour lequel il avait obtenu le Prix Louis Delluc. Cela n’est pas sans rappeler les théories de Robert Bresson, dont Eugène Green ne cache pas l’influence, la prétention en moins. De même, il reconnaît emprunter à Ozu le goût des champs-contre/champs de face, le regard droit dans la caméra. Comme on le voit, la démarche est tout sauf improvisée, naïve ou maladroite, malgré les apparences.

Si vous êtes curieux de voir un cinéma différent, la bonne humeur générale et la légèreté sont les atouts principaux de ces fabliaux. Et qui résisterait à ce chevalier pourvu de mocassins spéciaux anti-bave ?
En conclusion, une petite réflexion sur l’influence du public dans le jugement. J’avais déjà vu Le Monde vivant  à la Quinzaine des Réalisateurs. La salle, emballée, portait le film, ne perdant aucun des effets. Le revoyant à Paris devant un public sans réaction, il m’a paru deux fois plus long. J’ai donc préféré le commenter sur mon souvenir cannois.