H-story, la fin du monde

Film japonais de Suwa Nobuhiro

Avec Béatrice Dalle





Par Victor Aumont
 

 

Le film a certainement des qualités (excellente Béatrice Dalle, travail sur la lumière, rapports acteurs/réa, réflexivité toujours intéressante mais les journaux n'ont pas besoin de nous pour en faire l'éloge).

H-story, c'est un jeune réalisateur japonais qui aimerait bien faire un remake de Hiroshima mon amour mais qui ne sait pas quoi en dire. Encore un film dont les critiques dithyrambiques ne reposent par sur le film même, mais sur ce qu'il aurait pu/dû être. C'est grave, car là est toute la différence (c'est à cela que tient la réussite d'un film). L'enjeu est de taille.

Ainsi, dire que Et là-bas quelle heure est-il ? est génial pour ce qu'il dit du deuil et du passage du temps dans le genre film taïwanais, revient à décrédibiliser les compliments que l'on fera à d'autres films qui font réellement quelque chose du même sujet, à en ôter la substance. De même, dire que H-story est une tentative réussie de parler de la mémoire, une tentative de parler d'un passé qui est le notre (ma famille mon pays) et pas le nôtre (mais moa, j'y étais pas quand ça c'est produit, j'ai pas senti l'odeur de la cendre), ça revient à dire qu'on ne peut pas penser le passé, à le déréaliser. Et c'est grave, de déréaliser Hiroshima. C'est un handicap qui me semble dénoter également d'un manque de discernement : Hiroshima, est un événement tout ce qu'il y a de plus "contemporain" ; et il est inutile de dire en quoi, à l'heure actuelle, cet événement symbolise un danger qui peut résonner en nous.

Si ce jeune homme n'est pas foutu de se représenter Hiroshima, c'est qu'il n'a pas beaucoup d'imagination. Pourquoi faire de ce démoralisant aveu d'incapacité à se projeter un lot universel ? Il y a des films qui se souviennent bien. Soit-disant un film expérimental : où, pourtant, il est devenu impossible de refaire l'expérience. Impossible de se représenter sans y être. C'est ne pas pouvoir, non plus, penser le présent.

Par ailleurs, H-story est très confus - il ressemble à un appartement en déménagement, où tous les cartons seraient remplis (peu de cartons en vérité) et où la personne s'apprêtant à déménager serait brusquement prise d'un coup de flemme et de terrassante lassitude qui l'empêcherait de décoller, qui la clouerait au sol. On connaît tous ça. Mais on surmonte.

H-story trahit une paresse de la pensée : habileté du réalisateur qui fait passer cette mollesse intellectuelle, cette complaisante langueur pour une forme de sensibilité. C'est fatigant de réfléchir. Cela donne mal à la tête. Attention, on n'est pas plus sensible parce qu'on réfléchit moins.

En résumé (pour les paresseux) :

A l'heure actuelle, il serait temps de pouvoir penser le passé, afin de regarder le présent.

Il serait temps, aussi, de ne plus faire de l'engourdissement une philosophie. Ni (pour les critiques) de faire d'incapacité vertu.

Pour le "film expérimence", j'en ai fait une, sans ironie : sortir boire un verre en pleine projection, respirer l'air humide de l'automne, écouter les jeunes gens parler de l'actualité ; prendre un déca, pour ne pas m'endormir. Et retourner au film de bonne foi, attendant l'effort que le réalisateur ferait pour nous surprendre en faisant quelque chose de ce grand chantier - pour ne pas nous laisser tout à faire, comme il laisse Béatrice Dalle désemparée face à l'immensité de la tâche.