Gosford Park

Film américain de Robert Altman

Avec Kristin Scott Thomas, Emily Watson, Ryan Phillippe, Maggie Smith.





Par Benjamin Delmotte
 

Durée: 2h17

 

En 1932, dans un manoir anglais, une partie de chasse rassemble plusieurs familles aristocratiques. Le meurtre qui est commis et le scandale qui éclate fournissent un nœud dramatique autour duquel le spectateur découvre le fonctionnement et les valeurs de cette " belle " société qui occupe l’étage du manoir, tandis qu’au rez-de-chaussée officie l’armée des domestiques, et son monde tout aussi codifié.

Pour exprimer l’esprit de son film, Robert Altman évoque la rencontre entre Les Dix Petits Nègres et La Règle du Jeu. De fait, le film utilise les codes d’un genre, le whodunit, pour mieux pénétrer et décrire le fonctionnement social de cette Angleterre de 1932. Nous sommes à la fin d’un monde, juste avant la Seconde Guerre mondiale ; un monde au sein duquel la distinction entre domestiques affairés et dévoués d’un côté, et aristocrates oisifs de l’autre, est indépassable. Mais les aristocrates semblent incapables de faire le moindre pas sans leurs domestiques, et ceux-ci ont intégré (incorporé ?) leur fonction au point qu’elle constitue leur vie. C’est dans la description de cet univers, qui mêle intrinsèquement deux mondes distincts et codifiés, qu’Altman excelle. Le réalisateur signe un nouveau film " chorale " qui entremêle les destins des personnages, entre analyse sociologique et satire sociale.

L’intrigue policière, le whodunit, apparaît plus comme un clin d’œil aux livres d’Agatha Christie que comme une véritable préoccupation. Le personnage loufoque de l’inspecteur de police, qui est censé résoudre le meurtre, est assez représentatif de cette perspective choisie par le réalisateur et son scénariste. Avec ce personnage – Altman dit avoir eu envie de revoir Jacques Tati -, le film connaît des accents burlesques : l’inspecteur est absolument incompétent, il multiplie les gaffes, de sorte que l’on se désintéresse de l’enquête, à la fois pour en rire et mieux suivre la description sociologique qui fait le fond du film.

Altman signe ainsi un film très malin, sans longueurs, et rempli de références cinématographiques (Renoir, Ivory, les Charlie Chan…). On ne peut que se réjouir, par ailleurs, du soin accordé tant à la photographie qu’aux décors. L’interprétation est impeccable, et ceux qui ont vu Chambre avec vue se réjouiront de retrouver Maggie Smith dans un rôle d’aristocrate guindée.