Janis et John

Film français de Samuel Benchetrit

Avec Marie Trintignant, François Cluzet, Sergi Lopez, Jean-Louis Trintignant, Christophe Lambert...





Par Raphaël Lefèvre
 
Sortie le 15-10-2003

Durée: 1h45

 

Rassurez-vous : ce film n’est pas une biographie où Lennon et Joplin seraient incarnés par Cluzet et Trintignant. Il est ici question d’une épouse morose et d’un acteur ringard recrutés par un agent d’assurances qui a arnaqué un client et cherche, pour rembourser ce dernier, à subtiliser l’héritage de son cousin junkie Léon en lui faisant croire que Janis et John sont revenus… Ouf ! Plutôt tordu. Original ? Cela reste à voir…

Jouer le rôle de stars va bien sûr ouvrir chez les deux protagonistes des perspectives insoupçonnées. La ménagère déprimée, en particulier, y trouvera un miraculeux exutoire. Le message est clair : dans ce monde où tout ne va pas bien, on peut regagner la confiance en soi, se libérer du carcan sinistre dans lequel la société nous force à vivre et s’ouvrir aux autres… Voilà ce qu’on appelle communément un " message d’espoir ". Fort bien, mais est-ce être trop exigeant que d’attendre d’un film plus de subtilité dans son discours ? Est-ce cracher dans la soupe que de regretter un trait caricatural que ne justifie pas pleinement le côté " fable loufoque " du film ?

En fait, Janis et John souffre de n’avoir pas entièrement pensé son sujet. Evoquant le statut de star comme modèle d’accomplissement personnel (ce qui est déjà discutable), il n’en garde que le " bon côté " et occulte son effet pervers. Pourtant, si se projeter dans une star peut désinhiber et libérer certains aspects de notre personnalité, cela ne nous donne-t-il pas envie de devenir quelqu’un qu’on n’est pas ? Voilà un exemple parmi d’autres des pistes que le film, dont le sujet se prête après tout à de multiples réflexions, esquisse sans les explorer vraiment, préférant se réfugier dans la comédie trop facilement estampillée " décalée et jubilatoire ".

Malheureusement, le scénario n’exploite pas assez les ressources dramatiques des situations et s’emmêle les pinceaux. Au final, ses ficelles sont trop visibles, faute d’être transcendées par une authentique ferveur et de réelles idées de cinéma. Car du point de vue esthétique, rien de bien personnel. Un peu trop d’effets déjà vus çà et là, et une mise en scène qui étouffe un rien les acteurs pourtant plutôt bons.

Accessoirement, - preuve s’il en est que l’esthétique popularisée par Amélie n’en a pas fini de faire des poulains - l’on a droit en début de film à une séquence fourre-tout, enchaînement syncrétique et frénétique d’images étayant illustrativement une voix off vitaminée… Le procédé, dont la vitesse est prompte à exempter le spectateur de toute réflexion, permet de présenter un point de vue sur le monde simplifié à outrance à force de raccourcis et d’images " représentatives " plus ou moins pertinentes.

La drôle d’idée de départ n’était peut-être qu’une fausse bonne idée, tout au moins mal exploitée.