Evelyn

Film irlandais de Bruce Beresford

Avec Pierce Brosnan, Aidan Quinn, Julianna Margulies, Alan Bates, Sophie Vavasseur..





Par Victor Aumont
 
Sortie le 15-10-2003

Durée: 1h35

 

Las d’être ce séducteur poursuivi, plus que par l’ombre d’un agent secret, par celle de Ken dans la publicité pour l’Aftershave, l’acteur irlandais éprouve-t-il le besoin d’élargir sa palette ? On doute qu’Evelyn, pâteux mélodrame sur le combat d’un père interprété par un Brosnan ballot et mal rasé, réponde à la demande.

Irish DreamTime, la société de production de Pierce Brosnan, a choisi le cinéaste australien Bruce Beresford pour réaliser le film. On doit à ce dernier Tender Mercies et Double Jeu, un joli polar rehaussé par la présence d’Ashley Judd. Mais ni la prestation de Pierce Brosnan, ni celle de Julianna Margulies (star de la série Urgence) ne donnent de poids à l’immatériel Evelyn, film à peine filmé et dont le filon poétique tient à un rayon de soleil poisseux venant envelopper la main de l’héroïne avec une vigueur déconcertante. Abandonné par sa femme, le malheureux Desmond Doyle (Pierce Brosnan) est séparé, sous prétexte d’une loi archaïque, de sa fille et de ses deux fils qui sont confiés à une institution religieuse. Il veut immédiatement les récupérer. Après quelques vaines tentatives, Desmond réunit autour de lui un groupe d’amis et d’avocats qui l’aideront à ramener légalement ses enfants à la maison. Or, malgré les brimades d’une bonne sœur acariâtre, ces derniers ne se portent pas si mal dans le pensionnat qui les accueille. En tout cas le spectateur n’est jamais sûr qu’ils lui préfèrent leur père cocu, mou, et alcoolique ; en fait, le drame sur lequel repose Evelyn n’existe pas vraiment. Pour combler cette lacune, le scénario hésite entre des gags censés le relativiser, et l’autorité emphatique de généralités comme " la loi et la justice, ça fait deux " ou encore de lieux communs comparant Doyle à David affrontant Goliath. S’efforçant de jouer le courage, la détermination, Brosnan bat l’air, dans la mesure où l’échec de son projet de comédien tient à un scénario trop paresseux. Lointain simulacre d’un film dans lequel il serait impossible de rentrer, Evelyn trouvera sa place sur les petits écrans et son public parmi les léthargiques passagers des avions long-courriers.