Alila

Film israŽlien de Amos GitaÔ

Avec YaŽl Abecassis, Uri Ran Klauzner, Hanna Laslo





Par Clara Schulmann
 
Sortie le 01-10-2003

Durée: 2h01

 

Beaucoup de bruit pour rien

Le nouveau film d’Amos Gitai est un film très construit, méthodique, alors qu’il tente de décrire une réalité pour le moins tumultueuse et désordonnée. Il s’agit de montrer une ville, Tel-Aviv, prise d’assaut par les différentes communautés qui l’habitent, qui s’y installent et qui finissent par la transformer.

Comment établir une quelconque forme de vie commune lorsque les différences sont si fortes, lorsque les histoires de chacun viennent perturber l’existence des autres ? Pour montrer cette difficulté, qu’il analyse comme étant propre à son pays, Amos Gitai installe son décor dans un quartier bien précis de Tel-Aviv, populaire, à la frontière d’une autre ville, Jaffa.

C’est bien le destin de ce quartier qui l’intéresse : habité par des vieux, par des jeunes, en travaux, un peu sale. Et tout cela se mélange, les frontières entre les uns et les autres disparaissent tant l’espace les oblige à vivre ensemble. Un endroit parfait pour y finir sa vie, pour se cacher du regard des autres, pour mourir d’ennui, pour entendre et suivre avec précision la vie de ses voisins… Le film raconte donc la vie d’un immeuble et de ses habitants, de ce que Amos Gitai appelle même leur " promiscuité incestueuse ".

Il a choisi une mise en scène rigoureuse, censée illustrer ce sentiment de bricolage, d’espace en friche, jamais vraiment terminé, où la vie est proprement impossible et dont pourtant les gens s’accommodent. Le film comporte quarante scènes au total, chaque scène n’est constituée que d’un seul plan séquence, assez lent, fluide, dont les déplacements nous font sentir jusqu’à l’architecture même du lieu. Le contraste entre cette mise en scène et le désordre visible à l’image est la signification profonde que le réalisateur a voulu imprimer à son film. La caméra passe d’un espace à l’autre, " à travers " une longue description de l’épaisseur du mur, tandis que les sons et les discussions envahissent cet espace soudainement devenu essentiel. Ce sont bien les fondations de cet immeuble, ses murs constitués de différentes strates, qui constituent le vrai lien entre les différentes personnes qui l’habitent.

On pourrait donc dire : formidable, un film sur les frontières, sur le partage de l’espace, en Israël, existe-t-il un thème plus actuel, plus pertinent ? Seulement, tout ce que l’on peut théoriquement énoncer ne suffira pas à combler le vide des histoires qu’on se donne une si grande peine à raconter. Car pas un seul des personnages n’est touchant, intéressant, complexe. Pas une seule relation entre les personnages n’est vivante, émouvante. Et donc, très vite, pas un seul des plans du film, censés décrire les différentes interactions entre les habitants de cet immeuble, ne retient notre attention.

Seule la caricature, le trait grossier les unit vaguement. La fliquette, atteinte d’un cancer du cerveau, est aussi folle, elle hurle, c’est excessivement fatiguant pour les oreilles. Le vieux, ancien déporté, est servi par une jeune femme chinoise qui joue de la musique. Ils ont tous les deux l’air de rêver à beaucoup de choses, mais on ne saura jamais à quoi. Ils nous ennuient de toute façon. En face, la bombe sexuelle, genre tigresse rousse en mini-jupe, s’envoie en l’air avec un inconnu. L’autre vieux ne parle qu’à son chien, on se demande ce qu’il fait là. Le jeune homme ne veut pas faire l’armée, c’est un faux personnage : on ne saura jamais pourquoi, le réalisateur lui-même a l’air de ne pas le savoir. Il dirige très mal ses acteurs, ne leur donne à jouer qu’une part de mystère vaine et pauvre, que l’on n’a pas vraiment envie de percer.

Tout cela laisse une impression de faux départ, un peu triste, au fond.