Elle est des nôtres

Film français de Siegrid Alnoy

Avec Sasha Andrès, Carlo Brandt, Catherine Mouchet


Sélection officielle 42ème Semaine Internationale de la Critique Cannes 2003


Par Clara Schulmann
 

Durée: 1h40

 

Christine Blanc n’est pas une femme comme les autres, tout en faisant la même chose que n’importe qui : elle travaille bien, fait ses courses, passe son permis de conduire, dîne chez ses parents. Pourtant quelque chose ne va pas. Une sorte de lenteur, une peur difficile à transcrire, un vide.

Christine Blanc donne l’impression de nager dans le vide, de ne pas vivre avec, mais hors des gens. Elle les observe, les imite, mais elle ne peut, à aucun moment, leur ressembler . Il lui manque une aisance, une facilité. Le monde dans lequel elle vit est remplit d’un silence étrange, d’une lumière légèrement voilée.

Le film file ainsi jusqu’à ce que Christine trouve enfin une raison d’exister, une façon d’intégrer cette communauté des hommes qu’elle n’a pu pour l’instant qu’observer avec acuité. Tout le propos est là : pour devenir une part de cette humanité, Christine va commettre un meurtre, celui d’une collègue vaguement amie. Devenue meurtrière, Christine devient aussi une femme réelle : elle rencontre un homme, s’installe avec lui, est promue dans son travail. La vraie vie commence.

Le propos du film n’est pas inintéressant, et l’on pourrait avoir envie d’y croire. L’atmosphère générale est très travaillée, rien n’est laissé au hasard, de la lumière, au traitement du son, à la musique. On sent que le sujet est maîtrisé, presque un peu trop. On regrette seulement que le film transmette un sentiment à ce point glauque, grisâtre, terne. Impossible de s’attacher à la moindre figure, encore moins au personnage principal. Impossible de trouver la ville, les montagnes, les routes belles. Tout est triste, même son travail à elle, dans une entreprise installée au bord de la route, dans une construction ultra moderne et pauvre à la fois. Et puis, outre cette tristesse, s’installent progressivement des scènes totalement énigmatiques, voir absurdes, incompréhensibles. Très vite, le film nous tient lui-même à distance : il y a des choses que l’on ne peut saisir, et qui sont pourtant là. Que faire de ces scènes, des ces passages ? Etait-il nécessaire d’en passer par ce type de registre pour introduire un aspect décalé? Le résultat condamne le film: de légèrement décalé, il devient entièrement agaçant, le mystère est loin, et notre bienveillance a disparu.