Dédales

Film français de René Manzor

Avec Lambert Wilson, Sylvie Testud, Frédéric Diefenthal, Michel Duchaussoy





Par Raphaël Lefèvre
 
Sortie le 10-09-2003

Durée: 1h40

 

Bizarre, bizarre…

Thriller " psychopathologique " bancal mais intriguant, Dédales fait partie de ces films qui, à l’instar de Usual Suspects et Sixième Sens, manipulent le spectateur jusqu’à la résolution. Ces films dont la fin apporte une révélation fracassante contraignant à reconsidérer tout ce qui a été donné à voir depuis le début. Celle de Dédales déçoit d’abord, venant rompre le charme insolite déployé jusqu’alors ; puis s’avère, en fin de compte, cohérente et inévitable. En tout état de cause, elle ne constitue pas l’intérêt principal du film, sur lequel, aussi bien par sa matière (un cas extrême de schizophrénie : le trouble de la personnalité multiple) que par son traitement, l’étrange règne en maître.

S’il ne parvient pas à délivrer un discours crédible sur le conflit entre l’homme et la société, la nature et la culture, l’animal et la conscience, Dédales réussit son coup sur d’autres tableaux. Quelque part entre le nanar subversif et la série B de haute volée, il trouve un mystérieux équilibre entre un scénario alambiqué, truffé de dialogues solennels et sursignifiants, et une mise en œuvre ténue, refusant la porte de secours de l’ironie sans pour autant s’embourber dans un premier degré trop ridicule. En résulte un objet véritablement singulier dont la manière efficace et un rien désuète, sans rien rappeler de particulier – et surtout pas le cinéma américain, ce qui est plutôt agréable -, évoque vaguement de vieilles productions populaires, telles que les polars des années 70-80.

Dédales étonne, par son univers à la fois référencé (il joue avec les clichés du thriller pour les détourner ensuite) et unique, par son ton inhabituel, empreint de quelque chose de lancinant qui échappe à l’intelligence. Le fait que Paris et la campagne française y soient méconnaissables – et pour cause, le film a été tourné en Belgique – n’est sûrement pas pour rien dans l’ambiance fantastique qui s’en dégage. La réalisation semble en effet tirer habilement parti de moyens relativement modestes. Précise, expressive, elle ne néglige pourtant pas les acteurs. Dans un parfait équilibre, Lambert Wilson, impeccable, Sylvie Testud, toute en profondeur et en sensibilité, et Frédéric Diefenthal, cassant avec talent l’image agaçante du brave Emilien de Taxi, contribuent beaucoup à la relative réussite de ce drôle de film.