Dirty pretty things

Film anglais de Stephen Frears

Avec Audrey Tautou, Chiwetel Ejiofor, Sergi Lopez





Par Clémentine Gallot
 
Sortie le 03-09-2003

Durée: 1h47

 

Dirty pretty things, ou l’échec de la compassion

Si l’on se penche sur la filmographie de Stephen Frears, on relève une alternance entre films hollywoodiens (Les liaisons dangereuses, Heros malgré lui, The hi-lo country) et films " sociaux " (du très bon My beautiful laundrette, en passant par The van, ou The snapper, au décevant Liam). Les films de cette veine, dont fait partie Dirty pretty things, semblent aller en empirant.

" Take the dirty things and make them look pretty ". Voilà à quoi se résume l’activité professionnelle selon M.Juan (Sergi Lopez), patron patibulaire d’un hôtel de luxe. Cherchant la crasse sous le vernis, Frears enquête sur les activités malhonnêtes liées à la face cachée de Londres ; il est épaulé par deux travailleurs clandestins, Okwe et Senay.

Produit à la fois par la BBC et Miramax, le film conjugue, avec adresse didactisme et esthétique papier glacé. On pourrait s’étonner de la présence introvertie et voûtée d’Audrey Tautou, dont l’accent turc a dû convaincre une directrice de casting malentendante. Cédant au poulainisme galopant, le cinéaste conquis justifie maladroitement ce choix par les nécessités d’une " mondialisation artistique " (quoi de plus déprimant ?). Désireux de révéler au monde les cercles vicieux qui compriment notre société, Frears s’enferme alors dans une dichotomie manichéenne assez pauvre, qui exclut tout paradoxe.

Ses films prennent aujourd’hui, à l’instar de ses personnages, la forme d’une lutte éreintante. La finesse d’un jeune acteur anglais (Chiwetel Ejiofor), et un certain sens du suspense ne sauvent pas un scénario téléphoné. Dirty pretty things se voudrait un thriller (passons sur cette prétention) et surtout un film véritablement social et engagé. Pourtant, le traitement frontal et pesant du sujet ne permet nulle empathie. Décidément tenu à distance, le spectateur n’est qu’agacé, jamais touché.