La vie privée de Sherlock Holmes

Film anglais de Billy Wilder

Avec Robert Stephens, Colin Blakely, Geneviève Page


Film sorti en 1970


Par Clara Schulmann
 

Durée: 2h05

 

On connaît des films de Billy Wilder qui nous ont longtemps suivi. Si La vie privée de Sherlock Holmes ne nous marque pas, c’est parce que nous avons bien évidemment en tête d’autres films, d’autres histoires.

Le principe de base était pourtant bon : dévoiler au grand public l’intimité d’un héros dont chacun avait déjà suivi les aventures, travailler le sentiment de reconnaissance et de " déjà vu " que convoque avec lui ce personnage. Billy Wilder répond ici à un besoin très largement partagé : celui d’en savoir plus sur quelqu’un que l’on pensait déjà connaître suffisamment. Bien entendu, le scénario, dans ce cas précis, aura pour tâche de révéler les " impensés " des textes de Conan Doyle, de mettre à jour ce que nous ne savions qu’à moitié, de livrer le maximum de détails " croustillants ". C’est ainsi que quelques clés essentielles nous sont livrées : on creuse la relation, complexe, de Sherlock aux femmes, celle, non moins complexe qui lie Sherlock et le fameux docteur Watson, on tente de cerner ce qui perturbe ce personnage si secret et pourtant si talentueux, ses vices cachés (la cocaïne). Voilà les directions que se donne le film, qui sont de bonnes directions.

Seulement, Sherlock Holmes peut-il pour autant devenir si facilement personnage de cinéma ? Les décors, les dialogues, les situations elles-mêmes collent beaucoup trop à ce que le livre nous a toujours si magnifiquement décrit, et ne trouvent en elles-mêmes aucun souffle. Le cinéma n’est ici d’aucun recourt, et semble même vieillot, passé de mode, à vouloir ainsi isoler un héros déjà si spécifique dans une structure qui le bloque, l’empêche de se mouvoir librement. A vouloir décrire le quotidien de celui qui a bercé notre enfance, on prend le risque de décevoir le spectateur : comment celui-ci réagira-t-il face au décors, enfin visible, de ces appartements dont il a maintes fois rêvé ?

Le film est finalement pris à son propre piège : à vouloir révéler la vie privée de Sherlock, voilà que celle-ci lui résiste résolument. L’histoire de ce film, c’est que son héros refuse l’idée même d’être filmé, et ne livre du coup rien de lui même. Le mystère reste entier.