La recrue
The Recruit

Film américain de Roger Donaldson

Avec Al Pacino, Colin Farrell, Bridget Moynahan





Par Christophe Litwin
 
Sortie le 11-06-2003

Durée: 1h40

 

Tuer le père.

James Clayton (Colin Farrell) est un hacker recruté, à sa sortie du prestigieux Massachussett Institute of Technology, par Edward Burke (Al Pacino) pour entrer dans la C.I.A.. Depuis Matrix, les petits génies de l’informatique ne sont plus des polars binoclards. Ils peuvent être des barmen branchés à leurs heures. Mais même les plus grands winners, même les George Clooney en herbe ont leurs faiblesses… Le père de Clayton est mort dans des circonstances mystérieuses. Était-il agent secret lui-même ? Un héros dont la mort reste anonyme pour des raisons d’État ? C’est cette question qui pousse notre génie-beau-gosse à s’engager dans la C.I.A..

Sa formation est exemplaire : tout est art de dissimulation et de manipulation des sentiments. Le stage est tellement réel qu’il est impossible de savoir si un exercice n’est pas une véritable mission, ou une mission un simple exercice. Impossible de savoir non plus si, parmi ces agents éduqués à ne jamais laisser leurs émotions les trahir, une taupe ne se cache pas. On leur apprend à mentir parfaitement sur leurs sentiments, mais la dureté et l’isolement de leur formation les poussent à vouloir se connaître, à nouer des relations affectives. Burke semble devenir la figure paternelle manquante devant laquelle notre héros veut briller. Au même moment il tombe amoureux d’une de ses camarades (Bridget Moynahan) – orpheline… Mais ne se joue-t-elle pas de lui ?

Incertitude quant à la réalité des missions ; incertitude quant à toute authenticité des sentiments ; incertitude quant à qui manipule qui. On a là, semble-t-il, les conditions d’un thriller efficace, plein de rebondissements. On sera, malgré tout, légèrement déçu de leur caractère trop attendu. Al Pacino est certes, comme à son habitude, impeccable, mais le rythme et la narration sont trop conventionnels pour rendre notre film vraiment haletant ou déconcertant, ou pour rendre les mots de Pacino aussi percutants qu’ils peuvent être d’ordinaire. Certains thrillers brillent encore par leur pouvoir de symbolisation ; mais ici les ficelles sont un peu trop explicites – trop classiques encore pour véritablement surprendre (la mort du père…). On a déjà vu Mission Impossible de Brian de Palma, ou The usual suspects de Bryan Singer… Rien de révolutionnaire donc, même si l’intrigue fonctionne.