Ce jour-lÓ

Film franšais de Raoul Ruiz

Avec Elsa Zylbertstein, Bernard Giraudeau,Jean-Luc Bideau





Par Clara Schulmann
 
Sortie le 04-06-2003

Durée: 1h45

 

Ce jour-là, Raoul Ruiz

Depuis longtemps déjà, les films de Ruiz nous font côtoyer les morts. On se souvient de sa formidable adaptation du Temps Retrouvé, où il avait ressuscité les personnages de la Recherche comme si tous étaient ses amis les plus intimes.

Les morts ont donc chez Ruiz cette particularité de posséder un langage, une forme d’apparition et d’incarnation qui leur permet de trouver systématiquement leur place dans le cadre et de devenir pleinement des personnages de cinéma. En intégrant les morts dans le champ même de ses films, Ruiz plonge le hors champ dans une interrogation et une étrangeté constante. Que peut-il encore, ce hors champ, exprimer ou suggérer si la mort devient un objet entièrement manipulable et quotidien ? Quelle énergie narrative peut-il encore insuffler ?

C’est exactement le problème que pose Ce jour-là. A nous rendre à ce point intimes avec la mort d’une part et la folie de l’autre, qui toutes deux rongent avec exultation cette grande maison suisse et bourgeoise, Ruiz questionne du coup avec violence le " monde extérieur ", celui qui devrait être normal, vivant, et raisonné. Car le hors champ du film, bien plus inquiétant que ce à quoi on assiste dans la maison, stigmatise un certain genre, problématique, de rationalité, lié à la question du libre arbitre et du choix. Deux choix fondamentaux structurent, depuis l’extérieur, le film : d’une part, le calcul assassin d’un père choisissant de faire périr sa fille, et par ailleurs, une forme de collaboration et de passivité voulue, celle des deux policiers qui, sentant le drame venir, choisissent de ne rien voir ni faire.

Ce qui a lieu de l’autre côté, dans le huis clos de la maison, entre les deux personnages du film pensés comme véritablement " dangereux ", relève d’une folie douce et sereine. Ruiz a traité ces personnages fous et leur dialogues avec exigence, et ils échappent ainsi à toute forme de caricature. Leurs visages et leurs regards interrogent avec acuité un monde dont ils connaissent, sans les pratiquer, les codes et les règles. Par delà le drame et sa formidable horreur, par delà l’aspect fait divers et anecdotique, l’humour et l’ironie conduisent le ballet. C’est évidemment par cette voie que le spectateur pénètre si aisément dans une histoire à ce point sordide. Du côté du hors champ, c’est le ridicule qui prévaut et qui entretient avec délicatesse le décalage nécessaire entre le monde extérieur et ses manipulations diverses d’un côté, et ce qui arrive d’affreux, ce jour-là, dans cette grande maison, plongée pourtant dans un climat de bonheur absolu et de rencontre émerveillée.