Le mystère de la chambre jaune

Film français de Bruno Podalydes

Avec Denis Podalydès, Pierre Arditi, Sabine Azema, Claude Rich, Olivier Gourmet, Michael Lonsdale, Jean-Noël Brouté et Julos Beaucarne.





Par Clélia Zernik
 
Sortie le 11-06-2003

Durée: 1h58

 

Autour du mystère

On a tenté d’assassiner la belle Mathilde, fille du célèbre professeur Stangerson. Rouletabille, accompagné de son ami Sainclair, se rend au château du Glandier pour mener l’enquête.

Bien vite on se rend compte qu’il ne s’agit pas tant d’identifier le criminel, que d’élucider le mystère de sa fuite hors de la chambre jaune fermée de l’intérieur. Comment expliquer ce défi à la raison qu’est la disparition d’un individu hors d’un lieu hermétiquement clos ?

Le film traite du rapport de l’homme à ce qui le dépasse. Chaque personnage incarne un aspect de la relation de la raison au mystère.

D’emblée le professeur Stangerson est présenté comme l’homme des automates aux mécanismes complexes ; la science n’est-elle pas mystérieuse quand elle confronte l’homme à ce qu’il ne peut créer, à la vie ?

L’ambiguïté de la raison se révèle face au mystère de cette disparition. Le célèbre inspecteur Frédéric Larsan ne croit qu’aux traces visibles, et ne suit la raison que dans son mode empirique. A l’opposé, Rouletabille se laisse guider par l’idée qui, selon ses propres dires " n’est pas rien " ; pour lui, le " bon bout de la raison ", c’est " tout ce que nous ne voyons pas et qui est immense. "

A ce duel entre la raison empiriste et la raison idéaliste qui rivalisent devant l'énigme, s’ajoute une troisième sorte de raison, que l’on pourrait appeler esthétique, et qu’incarne le personnage de Claude Rich, le juge de Marquet. Pour ce dernier, le mystère ne doit pas être résolu, mais il doit se goûter, comme un bon plat. On doit éprouver la force de son insondable secret, et se sentir tout petit face à ce qui dépasse notre compréhension. Pour lui, le mystère a quelque chose de jouissif, qu’il ne faut surtout pas lever.

Enfin le mystère, c’est ce qui nimbe la belle dame Mathilde d’une aura particulière.

Mais dans Le Mystère, il n’y a pas que le mystère, il y a aussi la drôlerie inimitable des films de Podalydès, l’univers imaginaire et enfantin des bandes dessinées, un monde d’une cohérence achevée, où les corps et les visages paraissent entièrement absorbés et où les acteurs semblent avoir été faits pour incarner leur rôle.

Outre le mystère, il y a Denis Podalydès qui donne des cours de camouflage, Claude Rich qui prend ses repas sur la verte pelouse, Sabine Azéma qui fait de la pantomime, Denis Podalydès encore qui dandine son derrière en montant aux échelles et qui lève les jambes beaucoup trop haut quand il court.

Ce film est des plus savoureux justement parce qu’il allie l’intrigue et la fantaisie, la poésie et l’humour.