La secrétaire
The secretary

Film américain de Steven Shainberg

Avec Maggie Gyllenhaal, James Spader, Jeremy Davies.


Festival de Deauville 2002, Festival du Film de Paris 2003


Par Christophe Litwin
 
Sortie le 04-06-2003

Durée: 1h44

 

Huis clos sado-maso

Lee Holloway (Maggie Gyllenhaal) sort d’un hôpital psychiatrique et parvient à se faire embaucher comme secrétaire. Inconditionnelle de l’auto-mutilation, elle noue progressivement, en huis clos, une relation sado-masochiste avec son patron, un avocat terne et introverti (Mr. Grey), interprété avec soin par James Spader, inévitable pour ces rôles décalés depuis Sexe, mensonges et vidéo de Soderbergh et Crash de Cronenberg (ajoutons donc pour la rime le nom de Steven Shainberg).

Leur relation n’est absolument pas statique ou répétitive, et c’est progressivement selon des modalités difficiles à anticiper un véritable petit conte de fée qui se joue. L’univers fantasmatique du cabinet de l’avocat n’a pas, pour ces personnages, une fonction thérapeutique ou cathartique au sens ordinaire. Selon les mots du réalisateur, il ne s’agit pas pour les personnages de " prendre conscience de leurs problèmes pour les dépasser ", mais de dégager la poésie, l’humour et la logique non conventionnels dans l’évolution d’une relation extrême de pouvoir entre des personnages singulièrement fous et anormaux, qui tourne à l’authentique histoire d’amour. Le bureau sur lequel Lee prend plaisir à recevoir les coups de l’avocat est alors le théâtre de scènes à la fois violentes et drôles, où le jeu de soumission se défait des questions de normes ou d’amour-propre pour devenir un plaisir bizarrement innocent. La pièce à fessées devient le pays des merveilles !

Shainberg s’est inspiré, selon ses propres dires, de Blue Velvet de Lynch. Une mise en scène, des couleurs, des décors et des costumes souvent kitsch et exubérants, associés à divers passages oniriques et parodiques (comme le très étrange rêve masturbatoire de Lee au milieu du film…) sont des échos plus qu’explicites. Inutile d’ajouter que la musique du film est signée par un certain Angelo Badalamenti…

On ne l'accusera pas pour autant de manque d’originalité pour la profusion de ces références (ajoutons The Million Dollar Hotel, avec Jeremy Davies de nouveau en attardé mental amoureux, ou encore Exotica d’Atom Egoyan pour la musique de Leonard Cohen). Au bout du compte, si c’est une émotion poétique qui doit voir le jour, force est de constater qu’elle ne perce pas. La logique du personnage de Lee est forte, mais ce n’est pas suffisant. Tous les acteurs sont convaincants, mais non tous les personnages. Ainsi notamment l’avocat : si on comprend jusqu’à un certain point la relation de dépendance susceptible de se nouer, on ne saisit pas bien comment, au point de vue de Mr. Grey, la relation amoureuse s’initie dès le départ.

Ce défaut n’altère pas radicalement la réussite du film, car le spectateur en vient à éprouver, sinon la poésie de leur amour, du moins quelque chose de l’étrange plaisir des protagonistes!