American Splendor

Film américain de Shari Springer Berman
et Robert Pulcini

Avec Paul Giamatti, Harvey Pekar, Hope Davis


Festival de Cannes 2003, compétition pour Un Certain Regard


Par Laure Becdelièvre
 

Durée: 1h40

 

Splendeur et misères d’un américain ordinaire

A côté de la compétition officielle et de ses choix plus ou moins heureux, Cannes c’est aussi un fourmillement de premiers ou seconds films, qui nous permet bien des découvertes : c’est là parfois qu’on se réconforte d’être venu… Même s’il n’est pas un chef-d’œuvre, American Splendor, par son côté décalé, nous offre justement " un certain regard ", original et novateur, sur le cinéma via la bande dessinée. Mélange des genres et discours sur les genres se relaient en une grande mise en abyme qui ne manque pas d’humour.

Le film retrace la vie d’Harvey Pekar, un scénariste de BD underground dans l’Amérique des années 1980, dont la série d’albums à succès, American Splendor, conte justement la vie ratée et terriblement ordinaire de l’américain moyen, grossier, morose et agoraphobe. En se mettant ainsi en scène dans ses BD, Harvey Pekar, anti-héros par excellence d’une Amérique désenchantée après le choc du Vietnam, révolutionne tant le genre qu’il devient l’idole de toute une génération.

Ce qui permet aux réalisateurs de construire une mise en abyme à plusieurs niveaux, narrative aussi bien que formelle, mêlant ainsi habilement réalité et fiction dans ce film-BD sur la réalisation d’un film sur un personnage réel : Shari Springer Berman et Robert Pulcini jouent non seulement  sur les différents niveaux de narration, mais aussi sur le style même, introduisant dans un style cinématographique déjà influencé par la BD (ainsi des cadres – " clichés ") le style graphique BD (les cadres – " clichés " devenant dessins de BD ; voir aussi le générique, très original). Outre l’ajout d’illustrations, les réalisateurs superposent à la fiction des séquences de documentaire, témoignages et images d’archives, en un melting-pot décalé qui détourne la forme conventionnelle de la biographie filmique.

Malgré les longueurs de la seconde moitié du film qui plombent un peu le rythme, et une fin un peu décevante, parce que finalement un peu trop bien pensante, on savourera American Splendor comme la goutte d’originalité qui a cruellement manqué à ce festival de Cannes 2003.