Carandiru

Film brésilien de Hector Babenco

Avec Luiz Carlos Vasconcelos, Milton Gonçalves, Ivan De Almeida..


56e Festival de Cannes (Compétition officielle)


Par Christophe Litwin
 

Durée: 2h32

 

Art pompier

Jusqu’à la répression sanglante d’une mutinerie en 1992, Carandiru était le plus grand centre pénitentiaire d’Amérique Latine. Dans le film de H. Babenco, à travers l’itinéraire d’un médecin soucieux d’endiguer la propagation du virus du sida dans les prisons, on découvre le visage humain de ce milieu carcéral, avant le massacre : ses codes, sa violence, ses personnages, sa sexualité.

Les confessions des détenus à ce médecin attentif contribuent à multiplier les perspectives sur la violence de ce quotidien carcéral très hétérogène. Comment ces hommes sont-ils arrivés en prison ? Ont-ils toujours eu le choix ? Peuvent-ils même comprendre leur culpabilité ?

Une économie en faillite, un état social délabré ne servent pas ici de remise en cause de la réalité du crime et de la nécessité de la peine. Mais il s’agit de se montrer compréhensif : l’économie parallèle et les règles en apparence inacceptables que fixent les détenus en surnombre pour assurer un minimum d’ordre doivent être tolérées par l’autorité carcérale, car la faiblesse économique et sociale de l’État ne parvient à y faire appliquer sa loi (malade) qu’à travers davantage de sang et de violence. C’est ce qui se produit quand la micro société des détenus donne soudainement l’apparence d’imploser, de ne plus pouvoir se réguler lui-même. La faiblesse passagère du micro État sert alors de bouc émissaire pour un État structurellement impuissant à assumer ses propres responsabilités sans une brutalité extrême.

Mais Babenco utilise par trop l’image (souvent religieuse) pour servir une démonstration sociale partisane. Il s’appuie sur des procédés à côté desquels l’art pompier semble l’agilité même, se perd dans les longueurs : un meurtrier éprouvant pour la première fois une incurable culpabilité à l’égard de ses victimes demande pitoyablement son pardon à Jésus et périt fusillé en croix. Suit la vision d’escaliers inondés par des flots d’eau savonneuse censés effacer les souillures sanguinolentes du massacre ! Comme il est curieux enfin, après s’être attaché à revaloriser l’humanité des prisonniers (de manière parfois caricaturale), de présenter à leur tour les acteurs de la répression d’une manière aussi déshumanisée. Ainsi, malgré la noblesse de son ambition cette mosaïque est à la fois surchargée et lacunaire. Le film ne trouve ni la justesse, ni la vérité recherchées.