Le boulet

Film français de Alain Berberian

Avec Gérard Lanvin, Benoît Poelvoorde, José Garcia





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 10-04-2002

Durée: 1h47

 

C’est l’heure de la récré : que ceux qui cherchent un film " prise de tête " se détournent et passent leur chemin. Renouant avec la tradition du couple comique que tout oppose et qui est vieux comme le cinéma (Laurel & Hardy), " le Boulet " prend la succession des gros succès populaires entraînés par les paires Clavier/Reno, Depardieu/Richard ou Lanvin/Blanc. Il nous propose cette fois-ci le couple Lanvin/Poelvoorde qui devrait égaler la popularité des modèles précédents.

J’avoue être fasciné par la personnalité de Benoît Poelvoorde, apparu dans " C’est arrivé près de chez vous ", sommet de l’humour noir belge et du dynamitage des excès de la télévision. " Les Randonneurs " et " les Convoyeurs attendent " ont confirmé un génie comique original fondé sur l’auto-dérision et le triomphe de la bêtise assumée. Il est " le boulet " du couple qu’il forme avec l’excellent Gérard Lanvin, masqué en permanence, dont l’économie de jeu tente d’équilibrer l’irrésistible dérive de son compère. Quand ce couple hétérogène débarque en Afrique, barbouillé en noir pour passer inaperçu (!) alors que Poelvoorde s’est fait la tête d’un Jack Lang malien, il est difficile de rester impassible devant un tel délire dans le n’importe quoi. Avec beaucoup de modestie, les auteurs du film revendiquent le parrainage des comédies qui ont précédé. Leur apport évident tient dans la grande qualité du spectacle qu’ils nous proposent : un scénario maîtrisé jusqu’à la fin et une réalisation irréprochable, faisant appel aux effets spéciaux de façon plus qu’efficace pour des séquences anthologiques, comme la grande roue de la Concorde qui dévale dans les Tuileries et tient la comparaison avec tous les special effects californiens. Il est intéressant de souligner la présence exceptionnelle de deux réalisateurs qui se sont partagé le travail sans que l’on puisse déceler le passage de l’un à l’autre : en gros, Berberian a traité les scènes de comédie et Forestier les scènes d’action, l’ensemble dans une osmose parfaite. Mon seul reproche serait une certaine complaisance lors des scènes de bagarre qui, parfois, " s’installent " un peu trop. Mais, peut-être, suis-je esclave de mon goût pour l’ellipse et l’allusion. Il ne s’agit pas, bien entendu, du chef d’œuvre inoubliable de la décennie, mais dans la catégorie des films populaires de qualité pour tous les publics, " le Boulet " n’est ni honteux, ni bâclé, ni vulgaire.