La Chose publique

Film français de Matthieu Amalric
Scénario :Mathieu Amalric, Marcelo Novai Teles, Christine Dory

Avec Jean-Quentin Chatelain, Anne Alvaro, Michèle Laroque, Bernard Ménez


Quinzaine des réalisateurs Cannes 2003


Par Laurence Bonnecarrère
 

Durée: 1h25

 

Une fantaisie grinçante et désabusée

Un réalisateur tourmenté prépare pour Arte un long métrage dans le contexte de la série " Masculin/féminin ". A la veille du tournage, sa femme lui annonce qu’elle aime un autre homme. Désemparé, le narrateur-réalisateur (Jean-Quentin Chatelain-Mathieu Amalric) tente de recoudre les morceaux de sa vie tout en montant ceux du film qu’il prépare. La chose publique raconte cette entreprise de sauvetage menée pour de bon à partir des rushes d’ une enquête sur la parité et du décousu d’une vie conjugale à la dérive.

Le scénario " auto-fictif " est quelque peu acrobatique mais le résultat est une comédie débordant de charme et de fantaisie. Mathieu Amalric brasse les intrigues comme les cartes de plusieurs jeux: l’affrontement entre les deux sexes se joue parallèlement sur la scène publique et dans le lit conjugal, rebaptisé ( pour Arte) " Le lit national ". La satire politique (Michèle Laroque en opportuniste de charme, Bernard Ménez en politicien benêt etc…) est une charge bien venue contre la bienséance politico-médiatique : Amalric s’éloigne de l’auteur nombriliste que ses précédents films laissaient redouter. La partie plus intime concernant les démêlés conjugaux est traitée avec un mélange d’humour tendre et de rage contenue. Les trois récits (enquête sur la parité, film pour Arte, et confession de Mathieu Amalric ) sont savamment entrelacés et leurs fils n’ont de cesse de se recouper, comme dans cette scène finale où Anne Alvaro surgit au milieu d’une prise en accusant, non sans fondement, le réalisateur (Jean-Quentin Chatelain alias Mathieu Amalric ) de lui avoir volé sa vie privée. A mi-chemin entre les fictions politico-satiriques du premier Godard et les variations sentimentales égocentriques de Woody Allen le film est une réussite. On regrettera seulement le manque de charisme des deux acteurs, qui sont loin d’être à la hauteur, à cet égard, de ceux qu’ils incarnent.