Dancing

Film franšais de Patrick Mario Bernard
et Pierre Trividic, Xavier Brillat

Avec Patrick Mario Bernard, Pierre trividic, Jean-Yves Jouannais





Par Clara Schulmann
 
Sortie le 30-04-2003

Durée: 1h33

 

Si Dancing était une fable, la morale en serait celle-ci : c’est au plus profond de nos angoisses et de nos névroses que se loge le génie créatif, celui qui permet à tout artiste de produire une œuvre.

Le personnage principal de Dancing se trouve aux prises avec ce mal si souvent décrit : la page blanche, le blocage, l’angoisse qui président à l’émergence de toute œuvre d’art. Plutôt que d’affronter le vide, ou sa propre impuissance, il choisit de se créer un double, personnage inquiétant et légèrement attardé, femme enfant vêtu d’une robe à carreaux. Et il ne se libérera de cette emprise qu’en imitant les gestes et les attitudes de ce double, devenant à son tour un être marginal et décalé, mais retrouvant du même coup le statut d’artiste. Le film raconte donc ce face à face curieux entre un artiste en mal d’inspiration et son propre reflet, sur fond d’angoisse métaphysique, arrosée par quelques antidépresseurs.

Ravi du souffle marin qui sert de décors au film, et prêt à oublier la grisaille parisienne, le spectateur se retrouve pourtant très rapidement sans repères. Car à quelle universalité prétend donc ce film ? Les fantômes et les spectres hantent depuis longtemps le cinéma français. Quant à l’identification à ce personnage en pleine dépression, elle reste difficile. On peut dire alors que tout est à l’image de ce que l’on nous présente comme le travail artistique du personnage, caricature de l’art contemporain : alliance dérisoire du nounours et d’une technologie sans failles. C’est-à-dire, un sentiment de déjà vu difficile à oublier, et une esthétique, certainement choisie comme telle, très " mauvais goût ". Il est à la fois délicat d’y trouver sa place de spectateur, et difficile d’éprouver un plaisir d’esthète.

Et pourtant, combien de fables cinématographiques portent sur ce sentiment, confus mais tenace, que ce qui nous entoure ne constitue peut-être pas l’entière et exacte réalité ? Et surtout : combien de fois y avons-nous succombé ?