L'Enclos

Film franšais de Armand Gatti

Avec Hans Christian Blech, Jean Negroni, voix de Jean Vilar


Prix de la Critique Cannes 1961


Par Claude Gallot
 
Sortie le 07-05-2003

Durée: 1h44

 

Un cri d’horreur

Ce cri de révolte c’est Armand Gatti qui le lance en 1961 en tournant L’Enclos , son premier film, sur les horreurs des camps ce concentration. Il y avait eu en 1956 un documentaire inoubliable de Resnais, Nuit et brouillard . Chez Gatti, l’univers concentrationnaire est vu de l’intérieur, tel qu’il l’a vécu lui-même avant de s’évader. C’est donc l’oeuvre d’un témoin, pas seulement celle d’un artiste.

Il dit, d’ailleurs, qu’à l’époque, il ne savait pas grand chose de la technique cinématographique. C’est donc entouré d’un chef opérateur subtil, Robert Julliard, et de Pierre Lary, conseiller technique (futur assistant de Buñuel) qu’il put mener à bien ce film admirable.

Le tournage eut lieu près du tristement célèbre camp de Mathausen, et les figurants étaient des rescapés, d’où ce sentiment d’authenticité et d’intense émotion qui nous emprisonne avec eux. Deux mondes se font face : les gardiens et les prisonniers. Les premiers exécutent leur sinistre mission avec le plus de rigueur possible, les seconds tentent de survivre, misérablement, grâce à une organisation secrète, dans un face à face permanent avec la mort. Une panne de four crématoire, et c’est de l’eau froide au robinet du commandant, mais un sursis de quelques heures pour les condamnés.

Pour Karl et David, joués magnifiquement par Hans Christian Blech et Jean Négroni, la cruauté va atteindre un raffinement suprême. Ils vont être enfermés dans un enclos et celui qui tuera l’autre aura la vie sauve. Karl est allemand, anti-nazi, David est juif, le seul encore vivant, car il répare les pendules des S.S. (en échange, il gagne du temps). Ce huis clos infernal est un grand moment de cinéma, les dialogues, très littéraires, constituent une méditation sur la peur (de l’autre), et sur la destinée.

Disons tout de suite que c’est un marché de dupes, et que rien ne se passera comme prévu.

A un moment, il est dit " ici ce n’est pas l’homme qui compte, c’est la lutte ". Pour Armand Gatti, l’homme compte en effet beaucoup, ce qui n’empêche pas la lutte.