El Bola

Film espagnol de Archero Mañas

Avec Juan Jose Ballesta, Pablo Galán, Alberto Jiménez…


4 Goyas 2001 ; European Film Awards 2001 (Prix Découverte européenne)


Par Christophe Litwin
 
Sortie le 30-04-2003

Durée: 1h28

 

El Bola, c’est le surnom, à l’école, de Pablo, 12 ans, fils de serrurier. Un quotidien difficile, et la haine dans le regard, Pablo se lie d’amitié avec un nouvel élève arrivé dans sa classe : Alfredo. Cette amitié très intense l’apaise doucement, en même temps qu’elle le pousse à se révolter contre un père manifestement autoritaire.

A mesure qu’El Bola trouve chez Alfredo comme une famille d’adoption, un refuge où amour et liberté semblent à portée de main, la violence de son père redouble…

Toutes ces scènes sont tournées de façon à donner au film une allure de documentaire. Pas de prestidigitation technique, pas d’acteurs célèbres (ou presque). De nombreuses séquences sont manifestement tournées caméra à l’épaule. Tout l’accent est censé porter sur la spontanéité des personnages.

Certes, le résultat est loin de parvenir à cette perfection du naturalisme – et bien des aspects du film gardent un caractère caricatural : la famille soixante-huitarde d’Alfredo, le portrait du père d’El Bola qui bat son fils. Et souvent le réalisateur procède à des simplifications qui relèvent de la trivialité militante.

Néanmoins, malgré ces défauts, le film évite les plus gros écueils.

El Bola et ses amis se retrouvent régulièrement pour un défi : ramasser une bouteille d’eau sur les rails, au tout dernier moment, lorsqu’un train passe sur la voie. Le film évite toute exploitation mélodramatique de cette scène effrayante, dont la répétition coupe le souffle du spectateur. Celle-ci est tenue dans sa seule fonction symbolique, ne se transforme pas en outil pour une adhésion émotionnelle immédiate au " message " du film. On n’écrase pas les enfants pour transformer le film en pseudo-démonstration.

De plus, le personnage d’El Bola, magnifiquement interprété par le jeune Juan José Ballesta, est extrêmement convaincant. Son changement progressif, la mutation tendancielle de son désir morbide de reconnaissance (symbolisé par la scène du train), ses retrouvailles avec les joies pour lui inconnues de l’enfance à travers son amitié avec Alfredo sont crédibles. Les scènes où la volonté démonstrative du réalisateur - dont c’est le premier long-métrage - s’efface, atteignent parfois une véritable grâce.